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NaTran : « Nous voulons faire progresser nos fournisseurs dans la RSE, pas les exclure »


Laurent Torquéau, Délégué Achats et RSE de NaTran, revient sur le déploiement de la solution Positive Company pour évaluer et accompagner la montée en maturité RSE de ses fournisseurs. Une démarche qui s’inscrit dans les engagements de la charte Relations Fournisseurs et Achats Responsables (RFAR) et qui vise à embarquer l’ensemble de l’écosystème dans une logique de progrès.

Laurent Torquéau, délégué achats et RSE. - © D.R.
Laurent Torquéau, délégué achats et RSE. - © D.R.

Quelle est votre ambition en matière d’évaluation RSE des fournisseurs ?

L’évaluation RSE de nos fournisseurs est directement liée à notre engagement dans la charte RFAR. L’un de ses principes consiste justement à mesurer la performance RSE des partenaires avec lesquels nous travaillons.

Chez NaTran, nous comptons plus de 3 000 fournisseurs. Nous avons donc choisi de concentrer nos efforts sur les plus stratégiques : notre top 200 fournisseurs en volume de dépenses, auxquels s’ajoutent certains partenaires critiques pour notre activité, même lorsqu’ils ne figurent pas parmi les plus importants en valeur d’achat.

Ces fournisseurs représentent près de 80 % de nos dépenses, soit environ 480 millions d’euros sur un volume total d’achats de 600 millions d’euros. Notre objectif est de les évaluer tous les deux ans et surtout de les faire progresser dans la durée.

À ce jour, environ 250 fournisseurs ont déjà été évalués. Parmi eux, près de 150 appartiennent à notre top 200, soit un taux de couverture d’environ 75 %. Nous réalisons également des évaluations dans le cadre des appels d’offres afin d’analyser des entreprises qui ne sont pas encore fournisseurs mais susceptibles de rejoindre notre panel.

Notre objectif est que 100 % des achats intègrent au moins un critère RSE d’ici 2030

Appliquez-vous systématiquement des critères RSE dans vos appels d’offres ?

Pas encore, mais nous montons progressivement en puissance. Notre objectif est que 100 % des achats intègrent au moins un critère RSE d’ici 2030. Aujourd’hui, environ 65 % de nos consultations comportent déjà un critère de ce type. Il peut s’agir d’une évaluation Positive Company, mais aussi d’une analyse du cycle de vie, d’un indicateur carbone ou encore d’un critère lié à l’inclusion.

Toutefois, l’évaluation Positive Company prend une place croissante dans nos décisions. Elle repose sur un référentiel externe reconnu, ce qui la rend plus facilement comparable, auditable et opposable que certains indicateurs dont les méthodes de calcul peuvent être discutées.

Quels sont les critères que vous avez souhaité privilégier ?

Nous souhaitions nous appuyer sur un référentiel solide, aligné notamment sur l’ISO 26000. Avec Positive Company, nous avons pu adapter certains critères pour refléter les enjeux spécifiques de NaTran. Trois dimensions sont particulièrement importantes pour nous : la sécurité, l’éthique et le carbone. La sécurité concerne à la fois les collaborateurs de nos fournisseurs et les activités réalisées sur nos infrastructures. L’éthique couvre notamment les sujets de conformité et de lutte contre la corruption. Enfin, sur le volet environnemental, nous avons choisi de mettre l’accent sur le carbone.

Notre activité étant historiquement liée au transport de gaz, la réduction de notre empreinte climatique constitue un enjeu majeur. Après avoir travaillé sur nos émissions directes, nous cherchons désormais à agir davantage sur les émissions associées à nos achats.

Notre démarche repose avant tout sur la progression. Nous souhaitons connaître le niveau de maturité d’un fournisseur à un instant donné, puis l’accompagner dans son amélioration

Ces critères sont-ils devenus incontournables pour travailler avec NaTran ?

Nous n’imposons pas aujourd’hui de note minimale. Notre démarche repose avant tout sur la progression. Nous souhaitons connaître le niveau de maturité d’un fournisseur à un instant donné, puis l’accompagner dans son amélioration. Un fournisseur ayant obtenu une note faible peut parfaitement continuer à travailler avec nous dès lors qu’il s’engage dans une trajectoire de progrès.

C’est un point essentiel, notamment pour les PME. Nous sommes très attentifs à ne pas créer une barrière d’entrée qui pénaliserait les entreprises disposant de moins de ressources pour traiter ces sujets.

En revanche, il est clair que les exigences vont continuer à se renforcer. Les fournisseurs ont jusqu’à 2030 pour monter en maturité. À terme, des niveaux minimaux pourraient être requis, mais nous privilégions aujourd’hui une logique d’accompagnement plutôt que de sanction.

Comment avez-vous convaincu les fournisseurs de participer à la démarche ?

Nous avons commencé en 2023 par une série de webinaires destinés à expliquer la démarche et à présenter Positive Company. Ensuite, nous avons procédé par vagues successives d’évaluation, accompagnées de relances régulières. Dans les appels d’offres, nous informons également les candidats que l’évaluation RSE fera partie des critères pris en compte dans le choix du fournisseur retenu.

Les réactions sont variées. Certaines grandes entreprises répondent très rapidement parce qu’elles disposent d’équipes dédiées à la RSE. D’autres sont plus réticentes. On observe la même diversité chez les PME : certaines y voient un avantage concurrentiel, tandis que d’autres hésitent par manque de temps ou parce qu’elles craignent de ne pas obtenir une bonne note.

Pouvez-vous donner un exemple concret de plan de progrès ?

Le sujet carbone est sans doute le plus simple à illustrer. Lorsqu’un fournisseur ne dispose d’aucun bilan carbone, nous l’encourageons à réaliser un premier diagnostic. Nous l’orientons alors vers le programme Décarbon’Action de Bpifrance, qui permet d’être accompagné par des experts pour construire son bilan et définir une trajectoire de réduction de ses émissions.

Dans tous les cas, nous cherchons à mettre en place des actions très opérationnelles et mesurables

Sur les enjeux de sécurité, les plans de progrès concernent davantage la formation, le partage de retours d’expérience ou encore l’intégration de nos règles d’or sur les chantiers. Dans tous les cas, nous cherchons à mettre en place des actions très opérationnelles et mesurables.

Quels sont les principaux atouts de la solution Positive Company ?

La première force de la plateforme est sa capacité de personnalisation. Elle permet de conserver un socle d’évaluation ESG commun tout en ajoutant des critères spécifiques aux enjeux du donneur d’ordres. L’autre avantage important est son accessibilité. La solution est gratuite pour les fournisseurs, ce qui facilite leur adhésion à la démarche.

Enfin, chaque évaluation donne lieu à un entretien de restitution. Le fournisseur bénéficie d’un retour détaillé sur ses résultats, de recommandations et de pistes de progrès. Ces échanges enrichissent la relation fournisseur et permettent de suivre les engagements pris dans le temps.

Comment mesurez-vous les progrès réalisés ?

Aujourd’hui, la note moyenne des fournisseurs évalués est de 55 sur 100. Plus que l’atteinte d’un objectif chiffré précis, ce qui nous importe est que cette moyenne progresse année après année.

Nous accordons une attention particulière aux fournisseurs dont la note est inférieure à la moyenne, car ce sont eux qui disposent généralement du plus fort potentiel d’amélioration. Ce sont également eux qui font l’objet d’un accompagnement renforcé.

Comment la solution s’intègre-t-elle dans votre système d’information achats ?

Pour l’instant, les acheteurs accèdent directement à la plateforme Positive Company. Nous n’avons pas encore de véritable outil de SRM permettant d’intégrer automatiquement ces données.

En revanche, nous avons déjà développé des tableaux de bord sous Power BI afin de mettre les résultats à disposition des équipes achats et de faciliter leur exploitation dans les décisions de sourcing et le pilotage des catégories.

Qui pilote cette démarche chez NaTran ?

Aujourd’hui, j’assure le pilotage global du dispositif avec l’appui des acheteurs catégories. La direction achats compte une trentaine d’acheteurs, dont une dizaine d’acheteurs catégories particulièrement impliqués dans le sujet.

Nous avons commencé avec une organisation relativement artisanale. Mais, compte tenu du nombre de fournisseurs concernés et de l’importance croissante de ces enjeux, nous réfléchissons désormais à une organisation plus structurée afin d’accompagner le passage à l’échelle de la démarche.