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Madame Achète Durable : « Sans stratégie d’entreprise, compliqué d’arriver à des achats responsables »

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  • Éthique et conformité

Après quinze ans d’expérience dans les achats, Élodie Hemard a créé en 2025 Madame Achète Durable, une activité de conseil et de formation dédiée aux achats responsables pour les entreprises et les organisations publiques. À travers son parcours et ses retours de terrain, elle défend une conviction claire : les achats responsables ne peuvent pas reposer uniquement sur les acheteurs.

Madame Achète Durable : « Sans stratégie d’entreprise, compliqué d’arriver à des achats responsables »
Madame Achète Durable : « Sans stratégie d’entreprise, compliqué d’arriver à des achats responsables »

Vous avez quinze ans d’expérience dans les achats, dans le public comme dans le privé. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer votre activité ?

Je suis passionnée par les achats et j’avais envie de créer mon activité. J’ai ressenti le besoin de transmettre, notamment à travers la formation. En 2024, j’ai lancé mon activité en plus de mon emploi salarié, et puis en 2025, j’ai décidé de me lancer complètement à mon compte. Mon objectif, c’est de conseiller et de former aux achats responsables les petites et moyennes entreprises ainsi que les organismes publics.

Quelles compétences essentielles vos années dans le secteur public vous ont-elles apportées, et que les acheteurs du privé gagneraient à intégrer davantage ?

Dans les achats publics, nous sommes beaucoup plus cadrés, nous devons respecter le code de la commande publique. Ce cadre peut parfois être contraignant, mais il peut aussi être bénéfique, parce qu’il apporte beaucoup de choses en termes d’éthique et de responsabilité sociétale. Je pense que c’est peut-être cela qui manque aujourd’hui un peu au privé, un cadre plus exigeant sur les aspects sociaux et environnementaux.

Plus il y a de contacts, plus il y a de communication, plus il y a de liens avec les prescripteurs, et plus l’achat va être performant.

Qu’est-ce que vos premières années sur le terrain vous ont appris sur la réalité du métier ?

Ce que j’ai appris sur le terrain, c’est que la relation avec le prescripteur est clairement très importante. C’est vraiment ce côté-là qui va engendrer un achat performant ou pas. Plus il y a de contacts, plus il y a de communication, plus il y a de liens avec les prescripteurs, et plus l’achat va être performant. Vous pouvez avoir la meilleure stratégie du monde, si vous n’avez pas cette relation avec les prescripteurs et les clients internes, ça ne fonctionne pas.

La crise sanitaire a été un moment clé pour la fonction achats. Qu’avez-vous appris sur la maturité réelle des organisations face aux risques ?

Pour moi, la maturité n’était pas élevée. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’elle était inexistante, mais il y avait une forme d’inconscience. Nous achetions le moins cher possible, sans forcément se soucier de ce qui pouvait se passer derrière. La crise a été révélatrice de l’importance de gérer les risques. Acheter pas cher sans garantie peut mettre en danger la continuité d’activité.

Dans vos missions, diriez-vous aujourd’hui que l’achat responsable relève davantage du coût ou de la stratégie ?

Pour moi, c’est plutôt la stratégie. Avant qu’il n’y ait des achats responsables, il faut qu’il y ait une stratégie d’entreprise, et que cette stratégie d’entreprise soit responsable. Sans stratégie d’entreprise, difficile d’arriver à des achats complétement responsables. Quand la direction n’est pas alignée, c’est compliqué pour l’acheteur, parce que vous ne pouvez pas arriver avec un raisonnement à long terme, et la hiérarchie va souvent regarder uniquement le chiffre en bas de la page.

Il faut regarder le coût global plutôt que le prix d’achat, et aussi prendre en compte les risques, parce que le risque, c’est quelque chose que vous finissez toujours par payer.

Que répondez-vous à ceux qui estiment encore que l’achat responsable coûte plus cher ?

Si vous regardez sur le court terme, c’est plus cher. Mais si vous regardez sur le long terme, la solution est moins chère, parce qu’elle permet de faire des économies sur la maintenance, sur la consommation d’énergie, sur la durabilité. Il faut regarder le coût global plutôt que le prix d’achat, et aussi prendre en compte les risques, parce que le risque, c’est quelque chose que vous finissez toujours par payer.

Quels indicateurs clés de performance vous semblent aujourd’hui les plus pertinents pour convaincre une direction de s’engager dans des achats responsables ?

Ce n’est pas forcément facile aujourd’hui de mesurer un achat responsable. Autant un prix, c’est factuel, nous avons des chiffres, autant l’achat responsable passe par plein d’autres choses qui sont beaucoup moins faciles à mesurer ou à objectiver. Pour moi, ce qui est le plus pertinent, surtout pour une personne qui n’est pas encore convaincue, c’est le coût global. Le coût global permet d’avoir une vision plus détaillée, de se poser les bonnes questions sur la consommation d’énergie, la durabilité, la maintenance. Si je devais choisir un indicateur qui parle vraiment à une direction générale, ce serait le coût global.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux acheteurs qui hésitent encore à s’engager dans des démarches plus responsables ?

Quand vous êtes acheteur, vous avez un pouvoir entre vos mains, celui de faire évoluer les choses. À titre professionnel, ce pouvoir est encore plus fort, parce que vous pouvez faire évoluer les marchés fournisseurs. Vous avez un rôle stratégique, avec un impact à la fois sur la performance de l’entreprise et à l’extérieur de l’entreprise. Vous avez la possibilité de faire bouger les lignes.