Achats publics : patronat et syndicats s’allient pour soutenir la production française
Une nouvelle alliance vient d’être lancée pour faire de la commande publique un levier opérationnel de réindustrialisation et de soutien au fabriqué en France. Elle vise à faire évoluer les pratiques d’achats publics en sécurisant les décisions des acheteurs et en valorisant la performance globale des offres.
Face à l’urgence industrielle, économique et sociale, l’Alliance du Fabriqué en France a été créée pour passer du constat à l’action. À l’initiative de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), organisation patronale représentant les PME, elle réunit pour la première fois organisations patronales et syndicales, industriels, associations engagées et experts. Objectif : produire plus et mieux en France afin de renforcer la souveraineté économique et préserver l’emploi sur les territoires.
La commande publique constitue le pilier central de l’initiative. Identifiée comme un levier majeur de politique économique, elle reste aujourd’hui insuffisamment mobilisée en faveur de la fabrication nationale.
Pour les promoteurs de l’Alliance, le cadre réglementaire actuel offre pourtant des marges de manœuvre significatives
L’Alliance entend faire évoluer les pratiques d’achats publics en sécurisant les acheteurs dans leurs décisions et en favorisant une approche plus globale de la performance des offres, intégrant l’origine, la qualité, la durabilité et l’impact social, au-delà du seul critère du prix. Cette ambition se heurte toutefois à des pratiques d’achat fortement contraintes. Les acheteurs publics évoluent dans un cadre juridique exigeant, marqué par une forte culture du risque et une responsabilité individuelle qui incite souvent à privilégier le critère du prix, perçu comme le plus sécurisant. Dans ce contexte, la prise en compte de considérations industrielles, sociales ou environnementales demeure inégale selon les organisations et leur niveau de maturité achats.
La commande publique au cœur de la démarche
Pour les promoteurs de l’Alliance, le cadre réglementaire actuel offre pourtant des marges de manœuvre significatives. Sans remettre en cause les principes de concurrence et d’égalité de traitement, les acheteurs publics peuvent déjà s’appuyer sur des outils existants tels que l’analyse du coût du cycle de vie, l’intégration de critères environnementaux et sociaux, ou encore des exigences techniques liées à la durabilité, à la traçabilité et à la qualité des produits. Autant de leviers permettant d’apprécier plus finement la performance globale des offres et de sécuriser les arbitrages. L’enjeu n’est donc pas de promouvoir un patriotisme économique de principe, mais de favoriser une évolution progressive et sécurisée des pratiques, en donnant aux acheteurs les repères et les méthodes nécessaires pour intégrer ces dimensions dans leurs décisions quotidiennes.
Pour les acheteurs publics, l’enjeu n’est pas de rompre avec leurs obligations, mais d’élargir leur grille de lecture
L’initiative ne se limite pas à la commande publique. Elle intègre également un volet consacré aux compétences industrielles, avec l’ambition de mieux adapter l’offre de formation aux besoins des entreprises et des territoires, et de sécuriser les parcours professionnels dans un contexte de montée en gamme de la production. Un second chantier porte sur le financement de l’appareil productif, avec la volonté de mieux orienter l’épargne vers l’investissement industriel afin d’accompagner la modernisation des outils de production et les projets de relocalisation, en particulier pour les PME et les ETI.
À travers cette démarche, la commande publique est appelée à jouer un rôle plus stratégique dans la politique industrielle française. Pour les acheteurs publics, l’enjeu n’est pas de rompre avec leurs obligations, mais d’élargir leur grille de lecture. En intégrant les impacts économiques, sociaux et environnementaux, l’achat public s’affirme donc comme un levier de réindustrialisation.