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Colruyt France : un pilotage dynamique des achats d’énergie

Par Guillaume Trecan | Le | Énergie environnement

La branche française du distributeur belge Colruyt tire les fruits d’une montée en compétences sur les achats d’énergie, accompagnée par Cristal Décision. Un chemin légèrement différent de celui de la maison mère, autosuffisante grâce à sa filiale énergéticienne, Vyria, mais fidèle à une culture d’entreprise axée sur la durabilité et l’autosuffisance.

Fabien Leval, centre de compétences achats indirects et Kevin Dehan, énergie et mobilité. - © D.R.
Fabien Leval, centre de compétences achats indirects et Kevin Dehan, énergie et mobilité. - © D.R.

En Belgique, le distributeur Colruyt emploie 30 000 personnes et représente 34 % de part de marché dans la grande distribution. Outre sa position de leader incontesté dans le royaume, Colruyt présente la particularité d’être très intégré. « Quand nous pouvons faire quelque chose nous-mêmes nous ne le faisons pas faire », confirme Fabien Leval, responsable du centre de compétences achats indirects pour la France. Le groupe possède par exemple un garage pour l’entretien de ses véhicules, mais également une filiale dédiée à l’énergie, Vyria, qui lui permet d’être autosuffisante. A travers Vyria, Colruyt détient par exemple des parcs d’éoliennes offshore, des parcs photovoltaïques et un site de production d’hydrogène près de Rotterdam.

34 GWhs d’électricité et 8 GWhs en gaz

En France, le groupe n’a pas les mêmes cartes en main pour gérer ses approvisionnements en énergie et les Achats doivent compter sur d’autres armes. Présent dans l’Hexagone depuis vingt ans, Colruyt y emploie un peu plus de 2 500 personnes et déploie 94 petits supermarchés de proximité d’environ 1 000 m2, essentiellement dans le Grand Est. Pour alimenter ces magasins, les 43 stations-services Dats24 du groupe et ses trois entrepôts logistiques, Colruyt France consomme chaque année 34 gigawattheures (GWh) d’électricité et 8 GWhs en gaz. Des volumes inévitablement en hausse avec l’expansion du groupe, qui construit cinq à dix magasins par an.

Nous sommes dans un groupe qui n’a pas de direction d’achat indirects, mais un centre d’excellence opérationnel achats indirects

« Nous sommes dans un groupe qui n’a pas de direction d’achat indirects, mais un centre d’excellence opérationnel achats indirects qui chapeaute les méthodologies achats auprès des différentes directions », explique Fabien Leval, qui enfonce le clou : « Les achats indirects sont une fonction support, au service de toutes les directions ».

Un réseau d’acheteurs indirects en construction

Il structure la fonction achats indirects France depuis cinq ans et demi et construit progressivement ce réseau achats en interne constitué pour l’instant d’une dizaine de personnes qui travaillent sur les achats, la gestion du stock, l’administration des achats et l’accompagnement à la négociation. En Belgique un centre de compétences achats indirects de sept personnes coordonne une centaine d’acheteurs rattachés aux directions opérationnelles.

Il intervient sur une grande variété d’achats, de la maintenance au marketing, avec tout de même 60 % d’achats de nature technique, dans un contexte où les achats représentent 13 % à 15 % des revenus du groupe selon les années et le nombre de nouveaux magasins.

Cinq années d’accompagnement

« La direction énergie fait, par exemple, appel à moi pour l’accompagner dans les négociations. Quand nous ne sommes pas suffisamment structurés ou que nous n’avons pas suffisamment d’acheteurs, nous faisons appel à des ressources externes », développe Fabien Leval qui fait appel à Cristal Décision (Meogroup) depuis plusieurs années. « Notre contribution porte sur une maîtrise des appels d’offres, la détection de leviers d’optimisation et notre regard sur l'évolution des marchés », abonde Donald Houndjo, consultant énergie chez Cristal Décision. Au sein du cabinet, il est intégré dans un pôle énergie d’une douzaine de consultants qui mutualise notamment sa veille marché et réglementaire. « Aujourd’hui, l'énergie devient de plus en plus financiarisée ; ne pas avoir cette visibilité marché c’est se priver finalement de 90 % de la dépense », rappelle Donald Houndjo.

Sur les quatre dernières années, sa collaboration avec Colruyt France est devenue de plus en plus intense, à mesure que l’intérêt de la direction de l’entreprise pour l’énergie croissait. Actuellement, les responsables achats et énergie partagent des informations avec le PDG de Colruyt France au moins deux fois par mois.

Il y a quatre ans, le marché était assez stable et cet accompagnement portait sur la compréhension et les différentes mécaniques du marché de l’énergie 

Fin des couvertures à 24 mois

« Sur les trois premières années, nous sommes montés en compétence dans la compréhension de nos stratégies d’achats », relate Fabien Leval. « Il y a quatre ans, le marché était assez stable et cet accompagnement portait sur la compréhension et les différentes mécaniques du marché de l’énergie », poursuit Kevin Dehan, responsable énergie et mobilité chez Colruyt France. Dès 2018, les choses sont montées en puissance, en commençant par un basculement d’une stratégie de prix fixes sur 24 mois à une stratégie en prix flexibles.

A l’approche de la fin de l’année, nous avons infléchi notre stratégie pour couvrir assez rapidement nos besoins sur l’année 2023

« Plus récemment, notre objectif était de disposer d’une granularité de couverture beaucoup plus fine. Les marchés étant assez hauts, beaucoup d’acheteurs préfèrent temporiser dans l’espoir de disposer de prix plus bas. Mais, à l’approche de la fin de l’année, nous avons infléchi notre stratégie pour couvrir assez rapidement nos besoins sur l’année 2023, parce que les prix se sont affolés encore plus qu’au premier semestre », explique l’expert de Cristal Décision. « Notre suivi de marché évolue dans le sens d’une précision accrue. Cette adaptabilité fait partie de la stratégie de marché. Nous sommes dynamiques et nous nous laissons la capacité de changer de stratégie si le marché change », renchérit Kevin Dehan.

Pour Fabien Leval, le gain de cet accompagnement est indéniable. « Nous avons obtenu des gains significatifs qui auraient largement justifié trois ou quatre postes d’acheteurs. Les coûts évités grâce à cet accompagnement sont non-négligeables », se réjouit-il.

Nous avons aujourd’hui sept magasins équipés et tous les nouveaux magasins que nous construisons depuis un an sont équipés à près de 70 % de leur couverture en photovoltaïque

Travail de fonds sur la sobriété énergétique

Au-delà de l’axe achats, il travaille main dans la main avec Kevin Dehan pour mettre en œuvre l’approche groupe de Colruyt qui consiste, comme le rappelle ce dernier, à « s’orienter vers l’autosuffisance et la durabilité, à la fois économique et écologique. » Colruyt s’efforce ainsi de rendre ses magasins le moins énergivores possible, avec, par exemple, une alimentation en chauffage gaz, une production de froid qui développe de la chaleur pour les magasins et la mise en place d’ombrières avec toitures photovoltaïques sur les Nous avons aujourd’hui sept magasins équipés et tous les nouveaux magasins que nous construisons depuis un an sont équipés à près de 70 % de leur couverture en photovoltaïque parkings. « pour une autoconsommation de nos magasins aux alentours de 40 à 50 % », détaille Kevin Dehan.

L’option Power Purchase Agreement est également à l’étude depuis fin juin, mais leur mise en œuvre pourrait prendre un certain temps. « Nous nous donnons au moins un an de réflexion avant de lancer ce genre de démarche », précise Fabien Leval.

Enfin, avec la mise en œuvre du décret tertiaire, Colruyt a lancé un suivi de ses consommations et s’engage à les réduire très rapidement de 10 % « sur l’ensemble de la typologie de nos bâtiments : bâtiments centraux, supply chain où nos magasins », précise Kevin Dehan.

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