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L’économie circulaire : une étape indispensable pour continuer à exister

Par Mehdi Arhab | Le | Environnement

Le temps presse et les vingt directeurs achats grands groupes, réunis pour échanger sur la thématique de l’économie circulaire lors du dernier Club Planète Sourcing de l’année, au siège de SAP, à Levallois-Perret, le savent parfaitement. Les Achats peuvent en effet jouer un rôle fondamental dans la mise en place d’initiatives en la matière.

L’économie circulaire : une étape indispensable pour continuer à exister
L’économie circulaire : une étape indispensable pour continuer à exister

Finis les temps durant lesquels consommer des matériaux et de l’énergie accessibles et, par-dessus tout, peu chers, constituaient la norme. Le modèle de développement linéaire actuel qui consiste à extraire, produire puis jeter, ne fait en effet plus sens et l’économie circulaire semble pouvoir leur offrir une porte de sortie. Une alternative d’autant plus séduisante dans un contexte pénurique sur bon nombre de matière. Dernier argument en faveur de l'économie circulaire : créer des boucles de réutilisation en amont et en aval de son activité est également un sujet de partenariat à prendre en main par les Achats. « C’est un sujet d’avenir qui touche l’ensemble de l’entreprise. Il est synonyme d’ouverture, de solidarité et d’innovation », confirmee d’ailleurs Yasser Balawi, directeur des achats groupe de Sodiaal et président d’honneur du Club Planète Sourcing.

Un sujet sur lequel, Loïc Maquinghen, responsable Green Line et développement durable chez SAP, en position d’hôte et d’expert sur ce débat, a rappelé l’importance de maîtriser la donnée. En matière d'économie circulaire, la traçabilité est en effet un point crucial, de même que la capacité des différents acteurs à monitorer l'impact carbone de leurs process de récupération et transformation.

Une économie de responsabilité

Au-delà des mots, l’économie circulaire encourage la préservation des ressources, la restauration des produits sur le circuit et leur régénération. Ce concept vise à garantir et maintenir la qualité des produits, de ses composants et matériaux à chaque étape de leur utilisation, de façon à engager un cycle de développement continu et vertueux. Une manière en somme d’optimiser au mieux le rendement de ressources qui se font de plus en plus rares.

Cela implique de repenser la chaîne de valeur et de concevoir les produits en vue de leur refabrication, de leur reconditionnement et leur recyclage, afin de maintenir autant que faire se peut leurs composants. La question est maintenant de savoir comment y parvenir. 

S’associer autour des déchets pour avancer

Par le biais de l’économie circulaire, les déchets des uns peuvent devenir les produits et matières premières des autres. Les donneurs d’ordres doivent ainsi manifester toute leur créativité pour faire de cette maxime une réalité. « Les produits et leur cycle de vie ont changé et rebattu les cartes. Nous devons trouver des moyens efficaces et faire preuve de beaucoup d’inventivité pour en faire une ressource », confirme l’un des convives. 

Sans la mobilisation de tout leur écosystème, en d’autres termes la chaîne de valeur amont et aval, il leur sera difficile d’avancer. Des efforts doivent donc être consentis par les grandes entreprises pour accompagner la création de filières de recyclage aux capacités industrielles suffisantes ; avec l’ambition d’allonger la durée d’usage des produits et de gérer plus efficacement leur fin de vie.

Un besoin d’innovation criant

Pour autant, certaines matières ne peuvent être réemployées, ou, du moins, le sont difficilement. Dès lors, beaucoup de directions achats ne savent comment s’y prendre. À titre d’illustration, les acteurs de l’industrie alimentaire peinent à se défaire du plastique à usage unique, non pas par manque de volonté, mais plutôt par limites techniques.

Nous devons faire progresser l’innovation au même rythme que nos ambitions environnementales

« Nous devons faire progresser l’innovation au même rythme que nos ambitions environnementales. Les besoins d’investissements sont énormes et le progrès doit être rapide pour atteindre ne serait-ce que la moitié de nos objectifs » constate une directrice achats présente, œuvrant dans une entreprise du secteur textil. Dans l’industrie du prêt-à-porter, la règlementation européenne impose que l’activité doit intégrer au moins 70 % de matières recyclées ou biosourcées dans ses produits pour être contributive de démarches circulaires. À l’inverse, les papetiers et verriers sont parvenus à instaurer des boucles de retour et mettre en œuvre des opérations de recyclage à grande échelle. 

L’importance du territoire et du périmètre géographique 

Pour ce faire, il est nécessaire de penser la circularité à l’échelle du territoire. Tous s’accordent à dire qu’il ne sert à rien de mener des démarches circulaires si celles-ci dégradent l’empreinte carbone de l’organisation. « Il faut avoir les déchets à portée de main et ne pas les acheter ou les collecter à l’autre bout du monde », valide l’un des convives. De plus, la directive CSRD qui viendra renforcer les objectifs de l’Union Européenne en matière de finance durable, obligera les entreprises à intégrer des objectifs de développement durable dans leur stratégie, tout en les structurant de manière qu’ils ne dégradent aucun autre paramètre environnemental ou social. 

L’amélioration de l’usage matière n’est pas toujours synonyme d’une empreinte carbone réduite

« L’amélioration de l’usage matière n’est pas toujours synonyme d’une empreinte carbone réduite », affirme de son côté Stéphanie Grandjean Mateos, directrice économie circulaire de KPMG France et intervenante en qualité d’expert lors du débat. Au demeurant, les entreprises soumises à la CSRD devront communiquer des informations relatives aux problématiques de durabilité, de changement climatique et évaluer les répercussions de leur activité sur l’environnement et la société.

L’importance du règlement 

Outre la règlementation européenne, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire entend accélérer le changement de modèle de production afin de limiter les déchets et préserver les ressources naturelles et la biodiversité. Elle se décline autour de plusieurs axes ; deux d’entre eux portent sur la sortie du plastique jetable ainsi que la lutte contre le gaspillage et pour le développement du réemploi. Par ailleurs, la loi Agec fixe l’objectif de tendre, dès 2025, vers 100 % de recyclage des emballages en plastique à usage unique et prévoit la fin de la mise sur le marché de ces mêmes emballages à l’horizon 2040. 

Sans appui de la direction générale, les carottes sont cuites

Alors que l’économie circulaire génère de la valeur, des emplois et moult innovations, les directions achats se trouvent encore soumises à des impératifs contradictoires et ne sont pas toujours appuyées par le top management. Si les coûts immédiats de ces démarches ne peuvent être niés, les efforts consentis se traduiront sans aucun doute par des gains de compétitivité à long terme. « Il est nécessaire de penser l’activité, le business model et la chaîne de valeur différemment », soutient en ce sens l’une des convives.

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