CAIH : « Aider les établissements à réduire leur dépendance vis-à-vis de grands acteurs du numérique »
Raphaël Beaufret, président de la CAIH (Centrale d’achats de l’informatique hospitalière) et directeur des services numériques de l’APHP présente le nouveau plan stratégique de cette centrale de référencement qui pilote plus de 500 millions d’euros d’achats par an. Au menu : défense de la souveraineté numérique, élaboration d’un bouquet d’offre IA et mise en œuvre d’un nouveau portail pour approfondir l’exploitation des données d’achats.
Qu’est-ce que la CAIH ?
C’est une centrale d’achats spécialisée sur l’informatique et les télécoms, créée il y a un peu plus de 10 ans pour ses adhérents des secteurs médico-social et social et sanitaires. Nous comptons plus de 2 000 adhérents et notre montant d’achats s’élève à 500 millions d’euros par an sur lesquels nous prélevons en moyenne 0,5 % de frais pour notre fonctionnement. Nous ne voulons pas nous lancer dans une course au volume. Avec un demi-milliard d’euros, nous estimons que nous avons déjà un volume d’achats suffisant et nous avons à cœur d’améliorer notre niveau de service tout en maîtrisant nos frais de fonctionnement.
Comment fonctionnez-vous ? Avez-vous vos propres acheteurs ou vous appuyez-vous sur les ressources des établissements adhérents ?
En vertu de nos statuts, ce sont les adhérents qui portent les fonctions électives de la centrale d’achats. Mon double rôle de président de la CAIH et de directeur des services numériques de l’APHP, en est l’illustration. Toutefois, les marchés de la CAIH ne sont pas passés par les établissements mais par une quinzaine de collaborateurs permanents.
Outre le fait d’être une centrale de référencement, nous nous positionnons comme un club d’échange, de partage de bonnes pratiques et d’élaboration de projets communs
Nous construisons chaque marché avec des groupes projets qui associent aux collaborateurs de la CAIH des experts du numérique et des DSI de plusieurs établissements. Les établissements sont aussi représentés parmi les membres du conseil d’administration qui participent aux commissions d’appel d’offres. Outre le fait d’être une centrale de référencement, nous nous positionnons comme un club d’échange, de partage de bonnes pratiques et d’élaboration de projets communs sur les enjeux spécifiques du numérique dans le domaine de la santé.
Quels sont vos liens avec UniHA ?
Tout en étant deux centrales d’achat distinctes avec des statuts différents, des plans stratégiques distincts et des gouvernances séparées, la CAIH et UniHA sont partenaires et partagent certaines ressources ; des locaux, des outils informatiques, de la communication. Le directeur général et le directeur de la stratégie numérique et de l’innovation d’UniHA, Walid Ben Brahim et Thomas Jan, sont d’ailleurs respectivement délégué général et directeur de la stratégie de la CAIH.
Nos périmètres respectifs sont clairs : les logiciels métiers sont portés par UniHA et tout ce qui est technique (postes de travail, serveurs, couches d’infrastructures, accompagnement et conseil sur des enjeux d’architecture…) par la CAIH.
Quels sont les grands axes du projet stratégique 2030 que vous venez de rendre public ?
Le premier consiste à mieux servir les adhérents, le deuxième à développer des offres plus lisibles, plus logiques pour les adhérents et le troisième porte sur l’organisation interne de la CAIH.
Que voulez-vous améliorer en particulier en ce qui concerne la relation de la CAIH à ses adhérents ?
Nous devons répondre à des impératifs de réactivité, de niveau d’écoute et de lisibilité des frais. La première action que nous voulons mener concerne la construction d’une relation plus forte incluant mesure de la satisfaction, structuration territoriale, accroissement de l’implication des experts dans la préparation des marchés.
Nous voulons améliorer les outils digitaux et notamment refondre notre portail adhérent pour leur permettre de voir plus clairement ce qu’ils achètent avec nous et les gains associés selon qu’ils ont eu recours à la CAIH dans le cadre d’un GHT ou individuellement. Nous voulons simplifier notre système de calcul des frais pour le rendre plus lisible et, à plus brève échéance, nous nous sommes donnés comme objectif d’augmenter le nombre de répondants à notre questionnaire de satisfaction.
Avez-vous également des projets d’évolution de vos relations avec les fournisseurs ?
Nous travaillons aussi sur la place des distributeurs, sur l’achat d’innovation et sur le partage des risques avec les fournisseurs. Nous voulons inclure des clauses bonus et pénalité dans les marchés, y compris sur des éléments qui ne sont pas directement à la main des fournisseurs comme par exemple la satisfaction des patients, ou encore la qualité des soins.
Nous avons créé un premier bouquet appelé InitIAtive, qui regroupe tout ce qui va permettre à des établissements de construire un projet IA
Dans quelle mesure voulez-vous faire évoluer votre offre ?
Un de nos enjeux consiste à essayer de construire des bouquets d’offres qui répondent précisément aux enjeux de nos adhérents sur des sujets clés : la souveraineté, la réduction de la dépendance, la mutualisation entre structures pour construire des SI communs, l’informatisation des dossiers des usagers, le développement durable, ou encore l’intelligence artificielle. Nous avons d’ailleurs créé un premier bouquet appelé InitIAtive, qui regroupe tout ce qui va permettre à des établissements de construire un projet IA : du cloud, des formations, des portails, des modèles d’IA…
Comment abordez-vous la question de la souveraineté à travers les achats informatiques ?
Nous avons lancé une autre initiative appelée Alternative, dans le cadre de laquelle nous voulons aider les établissements à réduire leur dépendance vis-à-vis de grands acteurs du numérique qui limitent leur souveraineté dans la mesure où ils entravent leur capacité à faire des choix demain. Cela passe par exemple par des augmentations de tarifs indécentes, des décisions unilatérales d’interrompre des services, ou encore des obligations à passer dans le cloud…
A défaut d’avoir systématiquement un plan B activable pour leurs segments fournisseurs les plus stratégiques, nous devons aider les établissements à s’y préparer et conserver un dialogue commercial avec de potentielles alternatives.
Nous faisons actuellement appel à manifestation d’intérêt auprès des établissements pour voir qui est prêt à mettre à disposition des ressources pour travailler en profondeur sur ces sujets. Douze établissements pilotes nous ont rejoints dans ce programme et travaillent segment par segment à rechercher des alternatives.
Ce groupe a par exemple lancé un premier partenariat d’innovation pour trouver des alternatives à nos outils collaboratifs en décembre 2025 dont les candidatures ont été clôturées le 19 février dernier. Sept groupes de candidats nous ont transmis des offres que nous sommes en train d’analyser. Nous allons prochainement sélectionner trois groupements pour approfondir avant de sélectionner à l’été un groupement avec lequel nous développerons une suite collaborative sanitaire basée sur l’open source qui sera portée sur un cloud souverain pour accélérer la transition des établissements sanitaires médico-sociaux vers un cloud commun.
Dans quelle mesure ce sujet est-il partagé avec d’autres acteurs publics ?
Nous avons beaucoup d’échanges sur ce thème avec la DINUM et la Délégation au numérique en santé, l’autorité qui régule le numérique dans le secteur sanitaire médico-social au sein du ministère de la Santé. Nous travaillons en écosystème avec le soutien des pouvoirs publics sur ce sujet. Néanmoins, ces sujets doivent être abordés concrètement et expérimentés par des acheteurs. La CAIH a donc un rôle de passerelle à jouer entre des acheteurs parfois isolés et des autorités pour conduire ces politiques.
Nous allons davantage informatisée la remontée d’information que les fournisseurs nous doivent sur les consommations de nos adhérents
Quels sont vos projets d’évolution concernant votre futur portail adhérents ?
Nous voulons trouver des cas d’usage pour mieux exploiter la donnée de consommation des marchés afin de mieux qualifier les besoins. Les bons de commande étant adressés aux fournisseurs et pas à la CAIH, qui est une centrale de référencement, ce sont les distributeurs qui sont la source de cette information. A l’avenir, nous allons davantage informatisée la remontée d’information que les fournisseurs nous doivent sur les consommations de nos adhérents. L’enjeu pour nous étant d’obtenir le plus de détails possibles pour savoir avec quels fournisseurs, sur quelle ligne de marché les dépenses ont été effectuées. Au-delà de la donnée de consommation, nous voudrions aussi avoir une vision prospective sur les besoins de nos adhérents, ce qui nécessite de la remontée d’information de la part des adhérents.