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[CHRONIQUE 4/6] Digitalisation et Data en trois étapes clés pour les Achats

Par Guillaume Trecan | Le | Si ha

La transformation digitale est sur toutes les lèvres, un tourbillon de concepts, de technologies, des possibilités infinies et excitantes, parfois déconcertantes, voir intimidantes. Pour démystifier et simplifier nous avons choisi d’approcher le sujet sous trois angles : que recouvre exactement la transformation digitale, comment cela s’intègre dans la stratégie de l’entreprise et quel rôle les CPOs peuvent ou doivent jouer dans cette aventure.

Ruxandra Ispas. - © D.R.
Ruxandra Ispas. - © D.R.

Si, souvent, on entend par transformation digitale la refonte d’une organisation, avec pour objectif de créer de la valeur en déployant en continu la technologie à grande échelle(1), la valeur créée dépend des organisations et de leur niveau de maturité : meilleure expérience client, plus d’efficacité, moins de coûts, plus d’agilité. A chacun de voir où la jauge se situe pour son propre business.

  - © McKinsey & Company
- © McKinsey & Company

Selon Gartner, 91 % d’entreprises sont actuellement engagées dans une forme de transformation digitale, qui peut aller de la simple modernisation informatique, jusqu’à l’invention des nouveaux modèles de business en s’appuyant sur des nouvelles technologies. Les bénéfices attendus sont divers :

  • la mise la en place d’un ERP structure les processus, améliore la prise de décision, permet d’automatiser les job à faible valeur ajoutée et faire des prévisions
  • les Chatbots, les Assistants Virtuels (VCAs) et les robots améliorent l’expérience client.
  • les technologies et les techniques d’analyse de l’Intelligence artificielle permettent à l’entreprise de faire sens de la masse de datas à leur disposition, accroitre l’engagement des clients et améliorer l’offre.
  • l’IA générative ouvre d’immenses champs d’applications, réduit le temps de développement et apporte des nouvelles possibilités à des utilisateurs business, qui ne maîtrisent pas les outils informatiques.

  - © Quantum Black AI by McKinsey
- © Quantum Black AI by McKinsey

De plus en plus d’applications voient le jour, à l’image de Elisabeth Arden qui a récemment lancé sa boutique virtuelle, inspirée de sa boutique historique sur le Cinquième avenue à New York et qui utilise l’IA générative pour ses pièces immersives et son musée virtuel

Carrefour déploie trois solutions technologiques innovantes basées notamment sur la technologie de ChatGPT : un robot de conseil pour les courses sur carrefour.fr,  les fiches descriptives des produits de marque Carrefour sur son site internet, ainsi qu’un accompagnement des procédures d’achat. Ces solutions s’appuient sur les technologies d’OpenAI, et notamment GPT-4.

Quelle que soit la sophistication des technologies, une transformation digitale et avant tout une question de transformation business

Quel que soit le niveau de sophistication technologique, une transformation de ce type doit s’ancrer dans la stratégie long terme de l’entreprise et être portée par le CEO. N’oublions pas que la plupart des transformations digitale demandes des investissements importants à court terme, et produisent des bénéfices à moyen ou long terme, autant dire le contraire de ce que les entreprises aiment faire. Et on ne le dira jamais assez : quelle que soit la sophistication des technologies, une transformation digitale et avant tout une question de transformation business.

70 % de l’effort sur la transformation des processus et des business model

Dans une étude récente (3), le BCG a observé qu’au cœur des projets IA réussis se trouve la règle des 10/20/70 : passer 10 % de l’effort dans l’élaboration d’algorithmes, 20 % dans la Data, et 70 % dans la transformation des processus et des modèles de business.

  - © BCG
- © BCG

Les 20 % du temps passés sur les Data, sur leur congruence et leur qualité, sont d’une importance capitale. Les meilleures technologies donneront des résultats médiocres si on leur propose des données d’entrée incorrectes ou inconsistantes, malgré un certain niveau d’« auto- nettoyage ». Pour donner quelques exemples concrets : combien de CPOs ont eu la douloureuse expérience de participer à des réunions dans lesquelles les participants contestaient les chiffres, surtout quand il s’agissait de consolider plusieurs régions, pays ou BUs. Les hiérarchies produits ne sont pas les mêmes (donc on consolide des choux et des carottes), un client ou un fournisseur ne sont pas définis de la même façon en finance, en commercial et en supply chain, une vente n’est pas enregistrée de la même façon d’un site à l’autre, et ainsi de suite.

Personnellement j’ai un souvenir ému des heures passées à compter les repas vendus dans une cantine. Qu’est-ce qu’un repas ? Un passage en caisse ? Si oui, un paquet de chewing gum pris à côté de la caisse compte-t-il autant qu’un repas entrée-plat-dessert et qu’un muffin-capuccino à la cafétéria ? Pourquoi le nombre de repas vu par la finance n’est jamais le même que celui communiqué par les restaurants ?

Dans ce foisonnement de projets, technologies et applications, quel peut ou doit être le rôle des CPOs ?

Adopter une démarche volontariste et prendre le lead

L’idée-force est qu’il faut toujours être actif dans les projets informatiques, et notamment dans la Data. Prendre le leadership dans la définition et l’animation des produits, des fournisseurs, des processus Procure-to-Pay (ou au moins Procure-to-Receive) me semble indispensable, car cela structure fortement les analyses possibles et oriente les décisions par la suite. C’est aussi un moyen de connecter avec les autres stakeholders qui utilisent ces données et faire en sorte qu’une relation amicale s’installe - le projets ne seront que facilités.

Une fois les données de base structurées, il est primordial d’investir dans un data analyst de bon niveau qui maîtrise l’utilisation des boîtes à outils disponibles en entreprise. On peut beaucoup faire avec PowerBI, sans oublier que l’IA generative apporte des possibilités infinies à des utilisateurs business qui ne sont pas des informaticiens mais qui ont un minimum de sensibilité technologique. Se former aux méthodes de développement agile permet de maintenir le rythme de ces nouveaux projets rapides et facilite les discussions avec la DSI.

Rencontrer la DSI régulièrement, pour faire le point sur les projets en cours bien sûr, mais aussi partager les innovations du marché et brainstormer sur les applications possibles et futures est une routine à mettre en place mensuellement.

En synthèse, la transformation digitale est devenue partie intégrante de la vie des entreprises, avec des technologies capables de révolutionner les industries et transformer leurs façons d’opérer.

Bien maîtriser sa trajectoire digitale est un facteur de compétitivité incontestable et la fonction Achats doit investir et prendre sa place active dans cette aventure.

pointsdevue6@gmail.com

 

Références :

  • 1 McKinsey & Company : McKinsey Explainers What is digital transformation ?
  • 2 Quantum Black AI by McKinsey : Generative AI is here : How tools like ChatGPT can change your business (Dec 20, 2022)
  • 3 Forbes : Why do companies need digital transformation ( Mar 20, 2023)
  • 4 BCG : Artificial Intelligence and AI at Scale