Au CHU de Rouen, l’achat responsable devient la norme, pas l’exception
Au CHU de Rouen la fonction achats se transforme pour faire de l’achat responsable un levier de performance hospitalière. Portée par Ronan Talec, directeur des Achats, de l’Hôtellerie, de la Logistique et de l’Ingénierie Biomédicale, cette démarche s’appuie sur des engagements clairs et une intégration systématique des enjeux environnementaux et sociaux dans les marchés. Plongée au coeur d’une politique achats qui change d’échelle.
Au CHU de Rouen, la fonction achats n’est plus cantonnée à un rôle procédural ou strictement économique. Elle s’affirme désormais comme un levier stratégique au service de l’activité médicale, de la performance globale et de la trajectoire de transition écologique de l’établissement. Une évolution à la hauteur des enjeux : le CHU de Rouen affiche un budget global proche du milliard d’euros et des dépenses achats qui dépassent 300 millions d’euros par an, dont plus de la moitié consacrée aux produits pharmaceutiques.
Au sein de l’hôpital, la fonction achats doit être créatrice de valeur. Elle soutient l’activité médicale, contribue à l’innovation, à la performance économique et à la transition écologique.
Cette transformation est portée par Ronan Talec, directeur en charge des achats, qui pilote un périmètre élargi au sein d’une direction regroupant près de 550 collaborateurs. Il défend une vision élargie du métier : « Au sein de l’hôpital, la fonction achats doit être créatrice de valeur. Elle soutient l’activité médicale, contribue à l’innovation, à la performance économique et à la transition écologique. »
Cette montée en puissance s’inscrit dans un contexte particulièrement exigeant pour les acheteurs hospitaliers. Crise sanitaire, inflation, tensions géopolitiques et fragilisation des chaînes d’approvisionnement ont profondément transformé leur quotidien. Ronan Talec le souligne : « Les acheteurs doivent sécuriser juridiquement leurs achats, intégrer des exigences de durabilité, maintenir la performance économique et renforcer la relation avec les prescripteurs et les fournisseurs. Ce sont des métiers de plus en plus complexes. »
Structurer l’achat responsable dans la durée
Pour donner un cadre à cette transformation, le CHU de Rouen s’appuie sur le SPASER, le schéma de promotion des achats socialement et écologiquement responsables. Une démarche certes obligatoire pour les établissements dépassant 50 millions d’euros d’achats annuels, mais que le CHU avait anticipée. Ronan Talec précise : « L’achat durable fait sens à l’hôpital. La transition écologique est directement liée à la notion de santé et les professionnels hospitaliers nous encouragent à des pratiques vertueuses tant sur le plan environnemental que sur le plan social. » Cette orientation donne un cap clair à une politique achats qui mobilise largement les équipes.
À chaque consultation, nous nous posons la question de l’amélioration possible de la performance durable de l’achat, que ce soit par des critères d’analyse ou des exigences intégrées dès la rédaction du marché
Concrètement, cette politique se traduit par un engagement structurant : d’ici 2027, 100 % des marchés du CHU intégreront des critères ou des exigences environnementales. « À chaque consultation, nous nous posons la question de l’amélioration possible de la performance durable de l’achat, que ce soit par des critères d’analyse ou des exigences intégrées dès la rédaction du marché », explique-t-il. Une logique déployée sur l’ensemble des segments d’achats, en cohérence avec les centrales d’achats hospitalières partenaires. La gouvernance joue un rôle clé dans cette structuration. Le comité achats responsables n’a pas vocation à piloter la politique achats, mais à l’éclairer. « C’est un comité qui réfléchit, propose et valide certaines orientations, sans se substituer aux responsabilités opérationnelles », souligne Ronan Talec.
La relation fournisseurs constitue un autre pilier de cette politique. Le CHU observe une évolution progressive des pratiques, notamment chez les industriels du médicament et des dispositifs médicaux, de plus en plus engagés sur la mesure de l’empreinte carbone. En parallèle, l’établissement s’est engagé dans une démarche de labellisation RFAR (Relations Fournisseurs et Achats Responsables). « Ce label encourage des relations éthiques avec nos fournisseurs, fondées sur l’achat durable et le respect de règles déontologiques claires », insiste Ronan Talec.
Nous voulons sécuriser les pratiques, promouvoir l’équité et construire une relation éclairée avec nos fournisseurs
Cette exigence se traduit aussi en interne. Tous les acheteurs et acteurs de la fonction sont formés à la déontologie des achats et à la prévention des conflits d’intérêts. « Nous voulons sécuriser les pratiques, promouvoir l’équité et construire une relation éclairée avec nos fournisseurs », précise-t-il.
Dans un établissement dont le budget avoisine le milliard d’euros et dont les dépenses achats dépassent les 300 millions d’euros par an, les arbitrages restent néanmoins complexes. Et Ronan Talec de conclure : « Il nous arrive de différer certains projets, le temps qu’ils trouvent leur équilibre économique. Le principal frein aujourd’hui reste financier. »