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Engie mobilise ses fournisseurs autour des investissements à venir

Par Guillaume Trecan | Le | Direction ha

Face aux grands défis de l’inflation et des pénuries, s’assurer du soutien de ses fournisseurs stratégiques est plus que jamais un besoin vital. Avec ses 15 milliards d’euros d’investissements programmés d’ici à 2030, Engie ne déroge pas à la règle et vient d’organiser sa première convention fournisseur depuis l’arrivée à la tête du groupe de Catherine MacGregor en 2021.

Catherine Mc Greggor et la directrice des achats, Aurélia Tremblaye. - © D.R.
Catherine Mc Greggor et la directrice des achats, Aurélia Tremblaye. - © D.R.

Les précédentes rencontres fournisseurs d’Engie s’étaient tenues en 2019. Celles du 24 novembre 2022 ont réuni plus de 400 fournisseurs à Saint-Ouen, dont la moitié en présentiel ; beaucoup d’Européens, mais aussi des personnes venues de Chine, du Pérou ou encore des Emirats Arabes Unis. Des fournisseurs auxquels la directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor, a à cœur de rappeler la situation d’interdépendance qui les lie au groupe énergéticien : « nous ne sommes rien sans vous, nous sommes avant tout un intégrateur, un facilitateur de ce que vous faites. »

14 milliards d’euros d’achats et 80 000 fournisseurs

Ce préalable passé, Catherine MacGregor est revenue sur la réorganisation du groupe et sa déclinaison au niveau des Achats, mise en œuvre depuis 2021 par Aurélia Tremblaye (voire son interview). Une réorganisation destinée à permettre à ce groupe aux 14 milliards d’euros d’achats annuels, aux 1 000 acheteurs et aux 80 000 fournisseurs de bénéficier de son poids réel dans ses relations avec son écosystème.

80 % de notre dépense est effectuée avec 2 000 fournisseurs

D’où la simplification de sa structure, passée de 25 business units décentralisées pour se recentrer sur quatre métiers de base avec quatre Global Business Units , ciblées sur 30 pays. « Nous travaillons aujourd’hui avec 80 000 fournisseurs, même si 80 % de notre dépense est effectuée avec 2 000 fournisseurs. Ici dans cette pièce et on line, vous êtes 400 fournisseurs qui sont des acteurs clefs pour écrire notre feuille de route stratégique », explique ainsi Aurélia Tremblaye. Afin d’illustrer son propos par l’action, elle a d’ailleurs signé avec Carrier un accord de partenariat global.

La finalité de cette politique de concentration pour Engie revient à se donner les moyens d’apporter des réponses compétitives à la crise énergétique. « Nous devons réduire le coût de l’électrification pour nos clients », rappelle Paulo Almirante, le directeur général adjoint en charge des activités renouvelables du groupe, qui invite ses fournisseurs à travailler sur «  des designs standards qui peuvent être dupliqués sur différents projets et différentes géographies. » Même exigence pour les innovations ; elles doivent être déployables à grande échelle. « Au-delà de l’innovation la question importante est comment nous pouvons industrialiser ces innovations ensemble », explique Catherine MacGregor.

92 projets d’énergie renouvelables en cours

Paulo Almirante, DG adjoint en charge des Energies renouvelables. - © D.R.
Paulo Almirante, DG adjoint en charge des Energies renouvelables. - © D.R.

Paulo Almirante, patron d’une GBU aux carnets de commande particulièrement prometteurs, a également donné une idée précise des opportunités de business liées au développement des énergies renouvelables. Engie a l’ambition d’avoir une capacité installée de 80GW a horizon 2030, ce qui inclut la capacité déjà installée a date. En ce moment, le groupe conduit pas moins de 92 projets dans les énergies renouvelables, sur lesquels travaillent 4 500 personnes, ce qui représente un montant moyen de 3 milliards d’euros investis par an.

De quoi apporter de la visibilité aux fournisseurs et se donner des chances d’éviter, ou d’atténuer des retards dont les conséquences sont susceptibles de se chiffrer en millions d’euros. « On avait coutume de dire ″price is key″. Bien sûr c’est toujours le cas. Mais, étant donné le contexte, j’ajoute : ″deliver is king″ ! Être certain de livrer un projet dans les temps, dans le budget et dans le respect des spécifications est indispensable », martèle Paulo Almirante.

Solidaire avec les directions achats des fournisseurs

Une exigence assortie d’une offre de soutien de la directrice achats groupe à ses fournisseurs qui feraient face à des difficultés d’approvisionnement. « Nous sommes prêts à traiter avec vos fournisseurs de rang1, qui sont nos fournisseurs de rang2, si vous pensez qu’il y a quelque chose que nous pouvons faire ensemble », explique Aurélia Tremblaye qui avait invité à ses côtés, la directrice des achats du groupe ABB, Sara Cattaneo, dans le cadre d’une table ronde en marge de la plénière.

« Nous vivons un des moments les plus difficiles de tous les temps pour les supply chain », confirme la consoeur d’Aurélia Tremblaye, évoquant « l’explosion des leadtime moyens. Si l’on parle de l’électronique par exemple ils peuvent monter jusqu’à 52 semaines », explique-t-elle, inquiète de voir les menaces géopolitiques sur Taïwan s’ajouter à la série noire de ces derniers mois : conflit russo ukrainien, congestion des ports, manque de navire et de capacités de fret aérien…

L’inclusion, partie intégrante de la stratégie achats

Durant cette convention fournisseurs, les dirigeants d’Engie ont aussi eu à cœur de nuancer l’image d’approche intégrée que renvoie leur politique « One ENGIE ».  « Notre stratégie consiste, à rechercher, pour certains sujets clefs, des solutions standardisées, industrialisées et, pour des achats plus locaux, à développer une approche sur-mesure et plus ouverte à des fournisseurs qui emploient des personnes handicapées ou éloignées de l’emploi », rappelle Aurélia Tremblaye, qui a lancé une ambitieuse politique achats responsables. Pilotée par Tanguy Moulin-Fournier, elle accorde en effet une place très importante aux achats inclusifs.

Les parties prenantes locales attendent de nous que nous apportions quelque chose à l’économie locale

 

Et ceci d’autant plus que la dimension achat local est stratégique dans de nombreux projets. « Partout où nous allons développer des projets d’énergie renouvelable, les parties prenantes locales attendent de nous que nous apportions quelque chose à l’économie locale », confirme Paulo Almirante. Sur les projets d’éolien offshore sur lesquels travaille Engie en Ecosse, le local content dépasse ainsi les 300 millions d’euros.

Pour compléter ces messages, restent deux points clefs pour le groupe qui illustre une fois de plus à quel point la performance d’Engie dépend de l’engagement de ses fournisseurs. Le premier, qui est revenu dans toutes les prises de paroles est le sujet critique de la santé sécurité, pour lequel Engie décrète une politique zéro tolérance. « 75 % des accidents sur nos projets sont liés à vos fournisseurs ou à vos équipes », rappelle Aurélia Tremblaye. La dépendance est la même en ce qui concerne les performances en matière de réduction de gaz à effet de serre, sachant que 7,7 millions de tonnes de CO2 sont générés par les fournisseurs d’Engie dans le cadre de ses projets.

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