Le Slip Français industrialise son modèle pour rendre le Made in France compétitif
Le Slip Français a retrouvé le chemin de la croissance et de la rentabilité grâce à une remise à plat de son modèle mettant l’accent sur la simplification, la massification et l’industrialisation. Erwan Baudin, directeur des opérations, revient sur les choix qui ont permis à la marque de gagner en compétitivité tout en conservant son ADN Made in France.
Réussir à baisser ses prix tout en maintenant une fabrication française : c’est le défi qu’a choisi de relever Le Slip Français pour renouer avec la croissance et la rentabilité. Après plusieurs années marquées par un ralentissement de son activité et un modèle économique fragilisé, la marque a profondément revu son organisation et ses processus opérationnels. Une stratégie qui semble aujourd’hui produire ses effets. En 2025, Le Slip Français a réalisé près de 21 millions d’euros de chiffre d’affaires et entend poursuivre cette dynamique en 2026.
Cette évolution repose avant tout sur une remise en question de son modèle historique. Comme l’explique Erwan Baudin, directeur des opérations du Slip Français : « Nous nous sommes rendu compte que le sous-vêtement n’était pas un produit de mode mais un produit d’équipement. Les clients n’achètent pas un slip comme ils achètent une pièce de mode. Ils l’achètent parce qu’ils en ont besoin. »
Plus nous réduisons la complexité, plus nous gagnons en lisibilité, en volumes et en efficacité opérationnelle
À partir de ce constat, l’entreprise a recentré son offre sur les produits les plus demandés et les plus performants. Cette réorientation s’est traduite par une diminution d’environ 30 % du nombre de références, avec pour objectif de simplifier les opérations et de concentrer davantage les volumes. Pour Erwan Baudin, cette démarche était indispensable afin de renforcer la performance de l’entreprise : « Plus nous réduisons la complexité, plus nous gagnons en lisibilité, en volumes et en efficacité opérationnelle. À l’inverse, lorsque nous multiplions les références, nous dispersons les volumes et nous complexifions l’ensemble de la chaîne. »
Un modèle plus axé sur les volumes, plus industriel et plus productif
La simplification du catalogue ne pouvait toutefois, à elle seule, suffire à rendre le modèle plus compétitif. Pour continuer à produire en France tout en améliorant sa compétitivité, Le Slip Français a également cherché à accroître sa productivité et ses volumes de fabrication. Cette stratégie s’est traduite par une accélération de l’industrialisation de sa production.
Selon Erwan Baudin, la compétitivité du Made in France dépend avant tout de la capacité à produire à plus grande échelle : « Pour rendre le Made in France compétitif, il faut des volumes. Pour avoir un prix d’achat divisé par deux, il fallait que nous ayons un engagement de volume. » L’entreprise est ainsi passée de commandes de quelques milliers de pièces à des séries de plusieurs centaines de milliers d’unités, ce qui lui permet aujourd’hui d’améliorer sa compétitivité et ses performances industrielles.
Pour accompagner cette montée en puissance, Le Slip Français s’appuie notamment sur l’usine Bonne Nouvelle, située à Aubervilliers, tout en poursuivant la digitalisation de ses opérations afin de mieux piloter sa performance industrielle.
Plus de 80 % des ventes en e-commerce
Cette croissance des volumes s’est accompagnée d’un travail de structuration des flux, des outils et de l’organisation. À la tête des opérations, Erwan Baudin supervise un périmètre qui comprend la production, la logistique, le transport ainsi que le service client. Il s’appuie au quotidien sur une équipe de sept personnes. Avec une activité réalisée à hauteur de 80 à 90 % en e-commerce, la maîtrise des flux constitue un enjeu majeur pour l’entreprise. Le directeur des opérations rappelle d’ailleurs l’importance de ce canal : « Aujourd’hui, le chiffre d’affaires et la croissance du Slip Français sont essentiellement portés par l’activité e-commerce. »
Pour piloter cette activité, Le Slip Français s’appuie sur plusieurs solutions, dont Shopify pour son site e-commerce, Prios comme ERP et Logtex pour la gestion logistique. L’entreprise déploie également un outil de gestion de production assistée par ordinateur afin de suivre plus précisément les performances de ses ateliers.
Cette recherche de gains d’efficacité passe aussi par l’intelligence artificielle. Le Slip Français a notamment adopté la solution Yuma afin d’automatiser une partie du traitement des demandes clients. Désormais, entre 40 et 50 % des tickets du service après-vente sont traités automatiquement, ce qui permet aux équipes de se concentrer sur les dossiers nécessitant une intervention humaine. Erwan Baudin précise : « Aujourd’hui, nous avons presque supprimé l’externalisation du service client. L’équipe peut désormais consacrer son temps aux demandes les plus complexes tandis que les demandes d’information sont traitées automatiquement. »
Remise à plat des prestations logistiques
L’optimisation des performances passe également par la logistique. Chaque année, l’entreprise expédie entre 250 000 et 300 000 colis et poursuit un travail continu sur ses coûts de distribution. Elle a notamment réduit le nombre de ses transporteurs et développé le recours au point relais afin d’améliorer la qualité de service tout en diminuant ses coûts logistiques. Comme l’explique Erwan Baudin : « Nous avons utilisé le point relais comme un véritable levier de conversion. Cela nous a permis d’améliorer notre taux de service tout en faisant baisser notre coût moyen par colis. »
Au-delà des évolutions organisationnelles et industrielles, l’ambition reste la même : démontrer qu’une production française peut conjuguer compétitivité et accessibilité. Erwan Baudin conclut : « Il faut sortir de l’émotion du Made in France. Si nous voulons montrer que c’est possible, alors il faut rendre le Made in France accessible. »