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Chez La Vie Claire, les achats fruits et légumes sous tension

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Avec 315 magasins en France et 348 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, La Vie Claire s’apprête à célébrer ses 80 ans. Sur les fruits et légumes, une catégorie clé mais soumise à de fortes contraintes, l’enseigne a renforcé le pilotage de ses achats. Éclairage avec Matthieu Giovanetti, responsable des approvisionnements, des achats fruits et légumes et de la coordination supply chain.

Matthieu Giovanetti, responsable achats fruits et légumes et approvisionnements chez La Vie Claire - © D.R.
Matthieu Giovanetti, responsable achats fruits et légumes et approvisionnements chez La Vie Claire - © D.R.

Dans le secteur du bio, les achats de fruits et légumes se jouent bien au-delà du prix. Entre contraintes agricoles, qualité des produits et sécurisation des filières, ils s’imposent comme un levier clé de performance pour les enseignes. Chez La Vie Claire, qui compte 315 magasins et a réalisé un chiffre d’affaires global de 348 millions d’euros en 2025, cette catégorie fait l’objet d’un pilotage particulièrement attentif. Ils occupent une place centrale dans l’activité de l’enseigne et représentent près de 20 % du chiffre d’affaires, présents dans plus d’un achat sur deux.

Notre rôle est de proposer une offre au bon prix, avec une fraîcheur et un goût qui sont au rendez-vous. Si le produit n’est pas bon, le client ne reviendra pas.

À ce titre, Matthieu Giovanetti, responsable achats fruits et légumes et approvisionnements souligne le rôle structurant de cette catégorie dans le parcours client : « Le fruit et légume reste la première porte d’entrée en magasin. C’est un rayon que les clients regardent en premier et qui donne une image globale du point de vente. Si le rayon est qualitatif et bien tenu, cela rejaillit sur l’ensemble du magasin. »

Les achats doivent répondre à une double exigence, entre compétitivité et qualité produit. Matthieu Giovanetti rappelle ainsi l’équilibre recherché par les équipes : « Notre rôle est de proposer une offre au bon prix, avec une fraîcheur et un goût qui sont au rendez-vous. Si le produit n’est pas bon, le client ne reviendra pas. Il y a donc un enjeu fort à ne pas créer de déception. »

Un enjeu majeur pour l’enseigne, dont les achats fruits et légumes sont rattachés à la direction de l’Offre, une organisation qui traduit le rôle central joué par cette catégorie dans l’attractivité des magasins et la fidélisation des clients.

Pour sécuriser ses approvisionnements, La Vie Claire s’appuie sur un réseau d’environ 75 producteurs et fournisseurs, dont 85 % sont basés en France. Cette forte implantation nationale constitue un levier important pour maîtriser la qualité et sécuriser les flux, sur une catégorie qui pèse près de 20 % du chiffre d’affaires de l’enseigne. L’entreprise privilégie ainsi une logique de proximité, notamment autour de sa plateforme logistique située au sud de Lyon, d’une surface de 5 000 m².

Au-delà du nombre, c’est la stabilité du panel qui constitue un levier clé. Matthieu Giovanetti insiste sur cet enjeu de fiabilité dans la durée : « Nous avons besoin d’une stabilité des fournisseurs. Nous ne pouvons pas travailler avec des partenaires qui ne sont pas fiables dans la durée. Quand nous commandons une palette, il faut être sûrs qu’elle sera livrée. »

Le plus difficile, c’est de trouver le bon équilibre. Nous devons éviter les ruptures, mais aussi limiter les pertes. C’est un ajustement permanent.

Près de la moitié des producteurs travaillent ainsi avec l’enseigne depuis plus de dix ans. Cette relation s’inscrit dans le temps long et repose sur des échanges quotidiens. Comme le précise Matthieu Giovanetti : « Nous nous parlons tous les jours avec nos producteurs. Nous échangeons à la fois sur les volumes, sur la qualité et sur les conditions de production. C’est une relation de confiance, à la fois quand ça va et quand ça ne va pas. »

Les achats de fruits et légumes restent fortement exposés aux aléas agricoles. Conditions météorologiques, saisonnalité ou encore variations de production viennent perturber les équilibres et imposent une forte réactivité. Matthieu Giovanetti décrit ainsi un environnement particulièrement instable : « La météo joue énormément, à la fois sur la consommation et sur la production. Nous pouvons avoir des écarts très importants d’une semaine à l’autre. Il faut être capables de réagir très vite pour ajuster les volumes. »

Pour limiter les risques, l’enseigne diversifie ses sources d’approvisionnement et travaille avec plusieurs producteurs sur une même catégorie. Une approche indispensable pour sécuriser les flux, comme l’explique Matthieu Giovanetti : « Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Si un bassin de production est impacté, il faut pouvoir se retourner rapidement vers d’autres producteurs. »

L’anticipation au cœur des achats

Face à ces contraintes, La Vie Claire a progressivement renforcé l’organisation de ses achats. La fonction s’appuie sur une approche intégrée, mêlant achats, approvisionnements et pilotage opérationnel, avec une équipe d’une dizaine de personnes dédiée à ces activités. Cette organisation permet d’ajuster les volumes au quotidien, en fonction des ventes, des conditions de marché et des informations remontées par les producteurs. Et Mathieu Giovanetti d’ajouter : « Le plus difficile, c’est de trouver le bon équilibre. Nous devons éviter les ruptures, mais aussi limiter les pertes. C’est un ajustement permanent. ». Sur les produits frais, la gestion des stocks reste particulièrement sensible : « Sur le frais, nous ne pouvons pas masquer les problèmes avec du stock. Si nous nous trompons dans les volumes, nous le voyons immédiatement. » précise le responsable achats fruits et légumes.

Pour piloter les approvisionnements, La Vie Claire s’appuie sur l’outil AZAP ainsi que sur des outils Excel de reporting. Mais dans un environnement fortement exposé aux variations de consommation et aux aléas agricoles, l’expérience des équipes reste déterminante dans les arbitrages quotidiens. Cette exigence de réactivité est aujourd’hui essentielle pour sécuriser les approvisionnements et maintenir la qualité de l’offre dans un environnement de plus en plus contraint. Comme le conclut Matthieu Giovanetti : « Il faut toujours essayer d’anticiper, de sentir ce qui peut se passer, même si nous pouvons parfois nous tromper. Et surtout, il faut anticiper pour ne pas se faire surprendre. »