Renault Group : « L’IA nous fait gagner du temps sur des sujets stratégiques »
À l’occasion des HA Days qui se tiendront à Deauville les 28 et 29 mai 2026, Aurore Couprie-Lamotte, Directrice Achats Marketing & Communication chez Renault Group, partage son retour d’expérience sur l’impact de la data et de l’intelligence artificielle dans les achats. Entre gains opérationnels, évolution des pratiques et nécessité de garder un regard critique, elle décrypte les transformations en cours.
En quoi la data et l’IA transforment-elles aujourd’hui la fonction achats dans les univers marketing et communication ?
Dans les achats marketing et communication, la data est devenue centrale, notamment sur les sujets liés au CRM (Customer Relationship Management - gestion de la relation client et des données associées). L’intelligence artificielle permet aujourd’hui d’automatiser certaines prestations qui étaient auparavant réalisées par des prestataires. Par exemple, lorsqu’une campagne de communication est créée dans un pays, son adaptation pour les différents marchés peut désormais être facilitée grâce à des hubs et à certains outils d’IA. Ces dispositifs permettent d’automatiser certaines déclinaisons locales ou certaines tâches qui étaient auparavant très manuelles. Nous observons également ces évolutions sur des sujets comme la traduction ou certaines productions visuelles. La transformation reste progressive, mais elle est déjà visible sur les prestations les plus standardisées, où l’IA permet d’accélérer certaines étapes tout en simplifiant l’organisation des campagnes.
Quels bénéfices concrets la data et l’IA peuvent-elles générer pour la fonction achats ?
L’IA permet donc aux acheteurs de se concentrer davantage sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.
Le premier bénéfice est clairement le gain de temps. L’IA permet d’automatiser certaines analyses qui pouvaient être très chronophages pour les équipes achats. Par exemple, lorsqu’un acheteur doit comparer plusieurs propositions contractuelles ou des documents très volumineux, l’IA peut identifier rapidement les différences ou les points clés entre plusieurs offres. Cela permet de gagner plusieurs heures d’analyse. Ce temps peut ensuite être consacré à des activités plus stratégiques, comme le benchmark externe, l’analyse du marché ou encore l’identification d’innovations. L’IA permet donc aux acheteurs de se concentrer davantage sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.
À l’inverse, quels risques spécifiques l’IA peut-elle générer pour la fonction achats ?
Le principal risque serait de se satisfaire trop facilement de ce que propose l’IA sans garder suffisamment d’esprit critique. Les outils peuvent être très utiles, mais ils ne sont pas infaillibles. Il peut y avoir des erreurs ou des informations approximatives. Les acheteurs doivent donc toujours vérifier les sources utilisées et analyser les résultats proposés. L’enjeu est de ne pas tomber dans le travers consistant à tout faire faire par l’IA. Elle doit rester un outil d’aide à la décision. Les acheteurs doivent conserver leur capacité d’analyse et leur regard critique sur les informations produites.
L’enjeu est de ne pas tomber dans le travers consistant à tout faire faire par l’IA. Elle doit rester un outil d’aide à la décision.
Comment la fonction achats peut-elle encadrer l’usage de l’IA pour en faire un levier maîtrisé ?
Pour maîtriser ces outils, il est d’abord important de sécuriser les environnements d’utilisation. Dans notre organisation, nous utilisons un espace d’IA interne qui permet de travailler sur nos documents et nos données sans les exposer à l’extérieur. Il est également essentiel de vérifier les sources et de continuer à challenger les analyses proposées. L’IA peut produire des recommandations, mais les équipes doivent toujours s’assurer de la fiabilité des informations. Enfin, plus les bases de données internes sont enrichies, plus les analyses produites par l’IA deviennent pertinentes. La qualité et la fiabilité des données restent donc un élément clé pour garantir un usage maîtrisé de ces outils.
Quels sujets vous semblent aujourd’hui incontournables à aborder lors de cet atelier consacré à l’IA dans les achats ?
Ce qui me semble particulièrement intéressant, c’est de comprendre comment les fournisseurs utilisent réellement l’IA et comment cette technologie génère concrètement de la valeur pour leurs clients. Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs parlent d’intelligence artificielle, mais lorsqu’on entre dans le détail des usages, il est parfois difficile d’identifier les bénéfices réels ou les transformations concrètes. L’échange d’expériences entre entreprises sera donc essentiel. Il permettra de mieux comprendre les usages qui fonctionnent réellement et d’identifier des exemples concrets d’innovation ou de création de valeur grâce à l’IA.