Club Planète Sourcing : Le recul réglementaire sur la RSE ne réjouit pas toutes les directions achats
Alors que l’Union européenne assouplit le calendrier et le périmètre de la CSRD, les directions achats s’interrogent : ce repli réglementaire est-il une respiration bienvenue ou un signal de relâchement dangereux ? Le dernier dîner-débat du Club Planète Sourcing, fin décembre a réuni une quinzaine de directeurs et directrices achats de grands groupes pour répondre à cette question avec des points de vue variables dépendant du business model de leur entreprise.
Les trois idées clés du débat
• Le recul de la CSRD allège la pression réglementaire mais ne remet pas en cause les stratégies achats responsables.
• L’engagement dépend fortement du secteur, du poids du scope 3 et de l’exposition concurrentielle.
• La valeur du reporting réside dans sa capacité à devenir un outil de dialogue et de progrès, non une contrainte administrative.
Un recul réglementaire qui ne stoppe pas les dynamiques engagées
« Le cadre réglementaire s’est desserré, mais cela n’a pas entamé notre conviction : la chaîne de valeur reste au cœur de notre responsabilité. »
« Il y a un soulagement sur la pression bureaucratique, mais pas de remise en cause de la trajectoire RSE engagée depuis plusieurs années. »
La vraie déception, ce n’est pas l’assouplissement, c’est la perte d’un levier structurant pour embarquer toute la chaîne de valeur
Des niveaux d’engagement très dépendants des secteurs et du scope 3
« Quand 70 % à 80 % de l’empreinte est dans le scope 3, les Achats ne peuvent pas lever le pied, réglementation ou pas. »
Dans l’industrie, la RSE est devenue opérationnelle : éco-conception, traçabilité des matières, réemploi. On ne peut pas faire marche arrière
« L’exposition à la concurrence internationale oblige à avancer avec pragmatisme, sans créer de distorsion compétitive. »
Des fournisseurs sous pression face à l’inflation des exigences de reporting
« Beaucoup de fournisseurs remplissent des questionnaires… puis plus rien. Il n’y a ni retour, ni dialogue. »
« La multiplication des formats et des plateformes crée une fatigue réelle chez les partenaires, surtout les PME. »
Sans cohérence ni accompagnement, le reporting devient une charge administrative sans valeur ajoutée
Un reporting parfois en concurrence avec les autres impératifs de performance
« Le risque, c’est de passer plus de temps à produire des données qu’à agir sur les vrais leviers de réduction d’impact. »
« On nous demande des centaines de points de données, alors que nos équipes sont déjà sous tension opérationnelle. »
« La complexité excessive détourne l’attention de l’essentiel : la performance globale et durable. »
Transformer la conformité en levier de progrès partagé
« La clé, c’est de prioriser : identifier les risques matériels et construire des plans d’action concrets avec les fournisseurs. »
Quand le reporting sert de base à un dialogue et à une montée en compétence mutuelle, il devient utile
« La démarche n’a de sens que si elle aide réellement les fournisseurs à progresser, pas si elle se limite à cocher des cases. »