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Achats inclusifs : les entreprises passent à la vitesse supérieure

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La quatrième édition du Forum des achats inclusifs s’est tenue ce mardi 24 mars à la Cité internationale universitaire de Paris. À cette occasion, plusieurs entreprises ont renforcé leurs engagements en faveur d’achats plus inclusifs. Une dynamique qui confirme la montée en puissance de ces pratiques dans les stratégies achats.

Les signataires du manifeste réunis sur scène lors de la 4e édition du Forum des achats inclusifs. - © D.R.
Les signataires du manifeste réunis sur scène lors de la 4e édition du Forum des achats inclusifs. - © D.R.

Les achats inclusifs changent d’échelle. La Cité internationale universitaire de Paris en a été le témoin en accueillant, ce mardi 24 mars, la quatrième édition du Forum des achats inclusifs, réunissant de nombreux acteurs engagés sur ces enjeux. Dirigeants d’entreprises, directions achats et représentants de structures de l’économie sociale et solidaire étaient présents.

Longtemps centrées sur la performance économique, les directions achats sont aujourd’hui attendues sur leur capacité à intégrer des enjeux sociaux dans leurs décisions. Et comme l’a rappelé Sophie Boissard, directrice générale du groupe Clariane, les grandes entreprises ont un rôle moteur à jouer dans la structuration de ces pratiques : « N’oublions pas qu’en tant que grands donneurs d’ordres, c’est aussi à nous de demander et de faire appel à ce type de solutions. Il y a un véritable enjeu de collaboration avec nos partenaires et nos fournisseurs, avec un effet multiplicateur qui permet de favoriser l’inclusion à différentes échelles. »

Les politiques d’inclusion ne peuvent pas reposer sur des actions ponctuelles. Elles doivent s’inscrire dans la durée et s’ancrer durablement dans les pratiques des entreprises

Lors du forum, plusieurs intervenantes, dont Chantal Jouanno, ont insisté sur le rôle structurant des achats. L’ancienne ministre a ainsi rappelé : « Les politiques d’inclusion ne peuvent pas reposer sur des actions ponctuelles. Elles doivent s’inscrire dans la durée et s’ancrer durablement dans les pratiques des entreprises. ». Ces collaborations permettent aux entreprises d’intégrer des critères d’inclusion dans leurs stratégies fournisseurs, tout en répondant à leurs besoins opérationnels.

Trois ans après la définition de premiers objectifs communs, les entreprises engagées dans cette démarche ont atteint, voire dépassé, leur cible initiale de croissance des achats inclusifs, fixée à +30 % entre 2022 et 2025.

Un nouveau cap fixé

Les entreprises entendent désormais renforcer leurs engagements et structurer davantage leurs pratiques. L’objectif est d’inscrire durablement les achats inclusifs dans les standards des directions achats, en élargissant les catégories concernées et en développant des outils de pilotage adaptés. Comme l’ont rappelé plusieurs intervenants, l’enjeu n’est plus seulement de fixer des objectifs, mais bien de transformer durablement les pratiques.

Les résultats de la 6ᵉ édition de l’ Observatoire des achats inclusifs viennent confirmer cette dynamique. Si 87 % des entreprises déclarent réaliser des achats responsables et 72 % disposent d’une politique RSE structurée, seules 32 % font aujourd’hui des achats inclusifs une priorité stratégique.

L’étude met également en lumière un écosystème dense, avec 2 600 ESAT et entreprises adaptées, 4 600 structures d’insertion et près de 80 000 travailleurs indépendants handicapés, répartis sur l’ensemble du territoire. Le passage à l’échelle reste toutefois un enjeu, seules 46 % des organisations envisageant d’augmenter leurs achats inclusifs dans les deux prochaines années, un niveau en recul par rapport aux précédentes éditions.

Une dynamique qui s’installe

Plusieurs retours d’expérience ont illustré la mise en œuvre concrète de ces stratégies sur le terrain. Certaines entreprises ont notamment souligné l’importance de travailler avec leurs fournisseurs pour diffuser ces pratiques à plus grande échelle. C’est notamment le cas de Suez. Comme l’a expliqué Xavier Girre, directeur général du groupe : « Il n’y a pas d’opposition entre performance économique et inclusion. C’est au contraire en les associant que l’on crée de la valeur durable. Ces actions permettent de construire de véritables parcours professionnels, avec de la formation et des perspectives d’évolution. »

«  La vulnérabilité n’est ni une faiblesse ni une inefficacité. Au contraire, elle peut être une source de cohésion et de robustesse collective. »

Ces initiatives témoignent d’une évolution progressive des pratiques achats, désormais envisagées comme un levier d’impact économique et social.

Benoît Hamon, ancien ministre de l’Éducation nationale et aujourd’hui président d’ESS France (économie sociale et solidaire), a appelé à un changement de regard et à une mobilisation accrue face aux défis persistants de l’inclusion. Dans un contexte marqué par des transformations économiques, sociales et technologiques profondes, il a rappelé que les dynamiques engagées devront encore s’intensifier pour produire un impact à la hauteur des enjeux.

Et Benoît Hamon de conclure : « Nous devons d’abord lever un obstacle culturel : la vulnérabilité n’est ni une faiblesse ni une inefficacité. Au contraire, elle peut être une source de cohésion et de robustesse collective. »