La Poste : « Le montant des achats inclusifs a progressé de 43 % entre 2021 et 2024 »
Vincent Criscuolo, responsable conformité et achats responsables du groupe La Poste explique comment le groupe pilote ses objectifs d’achats inclusifs et comment il fait le lien entre inclusion et empreinte territoriale. Il sera grand témoin de l’atelier-débat « #Achats inclusifs : quel est l’impact social de vos achats responsables », lors des HA Days Achats responsables les 10 et 11 mars à Deauville.
Quelle part des achats du groupe La Poste est consacrée aux STPA ?
L’ensemble des dépenses du groupe La Poste en France, filiale comprise, s’élève à environ 8 milliards d’euros. Nous intégrons la RSE dans nos achats dans toutes nos consultations. Le montant des achats inclusifs a progressé de 43 % entre 2021 et 2024.
Nous avons fixé un objectif de 30 % des achats réalisés auprès du STPA sur deux catégories achats pertinentes
Que faites-vous pour essayer d’aller plus loin ?
Nous avons aujourd’hui la maturité suffisante pour définir des leviers achats responsables adaptés à chacune de nos catégories d’achat. Dans l’accord handicap 2025 2027 validé par notre comex en décembre 2025, nous avons fixé un objectif de 30 % des achats réalisés auprès du STPA sur deux catégories achats pertinentes que sont les prestations de maintenance du matériel postal et les espaces verts.
Quels sont les principaux freins ?
La DHA sensibilise la prescription aux enjeux RSE et à l’intégration de l’inclusion dans nos achats. Aux Achats, nous travaillons donc à mieux l’intégrer dans la mise en place de marchés réservés au secteur de l’insertion et du handicap. Nous avons mis en place des formations spécifiques sur chacune des catégories d’achat. L’intégration de la RSE dans les achats, est un sujet qui prend du temps.
Quelles catégories avez-vous ciblées ?
Nous avons identifié des catégories qui se prêtaient le mieux au sujet de l’inclusion et des territoires. Pour cartographier justement nos catégories d’achats, nous avons travaillé avec la Coorace qui nous a donné des éléments sur la capacité du marché de l’inclusion à répondre à nos activités. Dans certaines catégories d’achat, comme les espaces verts, nous avons dédié des lots au STPA et au SIAE. Nous avons identifié d’autres leviers de développement des achats inclusifs comme les prestations intellectuelles.
Nous avons introduit dans nos marchés une clause d’insertion, qui demande aux soumissionnaires de s’engager sur un volume d’heures, délégué directement ou indirectement au marché de l’inclusion. Soit nos fournisseurs embauchent directement des personnes éloignées de l’emploi ou handicapées, ou bien sous-traitent ou délèguent un certain nombre d’heures à des structures du secteur adapté dans le cadre des prestations qu’ils proposent pour La Poste.
Comment suivez-vous vos objectifs en la matière dans votre SI ?
Pour obtenir le nombre d’heures réellement réalisées, nous devons agréger des données sur Excel. En revanche, dans notre module de consultation, l’acheteur complète le nombre d’heures d’insertion promis par l’attributaire du marché et suit la réalisation de cet objectif dans le temps.
Nous mesurons nos achats inclusifs en nous appuyant à la fois sur la plateforme du marché de l’inclusion et sur un outil développé par un cabinet de conseil
Nous requalifions chaque année notre référentiel achats à partir duquel nous mesurons nos objectifs et nous mesurons nos achats inclusifs en nous appuyant à la fois sur la plateforme du marché de l’inclusion et sur un outil développé par un cabinet de conseil. Nous récupérons les SIRET et nous parvenons à savoir si l’entreprise avec laquelle nous travaillons est une EA, un Esat. Chaque fin d’année, nous pouvons donc qualifier nos dépenses inclusives par catégorie achat, par fournisseur, par marché, etc.
Nous suivions au départ les entreprises relevant des quartiers prioritaires de la ville et dans les zones de réhabilitation rurale (ZRR) parce que beaucoup d’entreprises, notamment d’intérim, placent leur siège dans ces zones sans que cela reflète la localisation de l’emploi.
Le nombre d’emplois soutenus par nos dépenses équivaut à 130 000 emplois par an
Est-ce que vous suivez les retombées économiques de vos achats sur les territoires ?
Le groupe La Poste mesure et valorise plusieurs types d’impacts : des impacts directs générés par la masse salariale du groupe, les retombées de nos 5,4 milliards d’euros de dépenses qui rémunèrent nos fournisseurs et alimentent indirectement l’ensemble de la chaîne de valeur. Nous comptabilisons 426 000 emplois directs, indirects et induits, soutenus par l’activité du groupe en France. Cela correspond à 1,5 % de l’emploi français. C’est-à-dire que, pour un emploi direct, nous générons 1,66 emploi supplémentaire soutenu en France. En termes de PIB, l’activité du groupe génère 15,3 milliards d’euros, soit 0,6 % de la valeur ajoutée en France. Le nombre d’emplois soutenus par nos dépenses équivaut à 130 000 emplois par an. Nous pouvons aussi connaître la répartition par territoire, des emplois directement soutenus et créés par nos achats.
Il y a donc une relation entre achats de proximité et achats inclusifs…
Nous avons lié les aspects inclusion et territoires dans notre politique achats responsables. Notre organisation achats en France est répartie en cinq territoires et nous concluons des marchés locaux sur un grand nombre de catégories. Même si le code de la commande publique nous interdit de réserver des marchés aux TPE-PME, l’allotissement dans le cadre de marchés territoriaux permet aux TPE-PME d’y répondre. Nous pouvons aussi faire appel au secteur adapté pour répondre en groupement à nos appels d’offres. En introduisant une clause d’insertion, nous pouvons leur demander de déléguer une partie du marché aux entreprises du secteur adapté.
Quelle est la motivation fondamentale du groupe La Poste pour mener cette politique avec constance ?
La Poste a été la première entreprise publique à adopter le statut de d’entreprise à mission en 2021. Dans ce cadre, nous avons inscrit dans nos statuts quatre objectifs prioritaires : contribuer au développement et à la cohésion des territoires, œuvrer à la transition écologique, favoriser l’inclusion sociale - directement via le recrutement, mais aussi indirectement via les achats - et promouvoir un numérique éthique, inclusif et frugal. Cela a toujours été dans l’ADN du groupe La Poste d’accompagner les transitions sociales, sociétales, démographiques, écologiques dans le pays, au-delà. L’inclusion fait donc partie des piliers du groupe.