Tendances Achats 2026 : les Achats surfent sur le changement
L’étude Tendances Achats AgileBuyer CNA 2026 montre des acheteurs en première ligne de plusieurs bouleversements actuels : l’émergence de l’IA, la position fragile de l’Europe entre les Etats-Unis et la Chine, le recul de la réglementation RSE et la montée des défaillances fournisseurs.
IA : un double bienfait pour les acheteurs
« L’IA c’est à la fois une révolution culturelle et une révolution économique pour les Achats », résume le directeur associé du cabinet de conseil AgileBuyer, Olivier Wajnsztok qui vient de présenter la 17e édition de l’étude Tendances Achats réalisées en partenariat avec le Conseil National des Achats. La courbe d’utilisation de l’IA par les services achats tracées par les trois dernières éditions de l’Etude Tendances Achats marque une page ascendante bien raide avec 25 % d’utilisateurs en 2024, 40 % en 2025 et 63 % cette année.
Il est vrai que la moitié de ces usages sont relativement basiques pour mettre en forme du reporting et des tableaux de bord. Mais la suite montre que l’IA a pris sa place à tous les niveaux du quotidien des acheteurs : dans le sourcing (48 %), le contract management (34 %), l’approvisionnement (29 %), les portails fournisseurs (28 %), le SRM ou KYS (26 %) ou encore la construction des contrats (19 %).
Les acheteurs sont bien placés pour savoir les bénéfices que l’on peut gagner grâce à l’usage de l’IA, alors, bien sûr, ils ne manqueront pas de guetter chez leurs fournisseurs les gains de productivité qu’elle pourrait générer. C’est déjà le cas pour 52 % des personnes interrogées par l’étude Tendances Achats qui indiquent qu’ils demandent à leurs fournisseurs de réduire leurs prix parce qu’ils réduisent leurs coûts grâce à l’IA. « Des coûts sont réduits de manière fantastique en interne, notamment sur tout ce qui est prestations intellectuelles et informatiques. Cela va se traduire dans les prix entre professionnels », constate Olivier Wajnsztok.
Pour la première fois en cinq ans, l’indicateur RSE est en recul
Achats responsables : les directions achats stoppées dans leur effort
« Pour la première fois en cinq ans, l’indicateur RSE est en recul », annonce Olivier Wajnsztok. Cela se traduit directement dans les objectifs individuels des acheteurs qui sont près d’un tiers (31 %) à ne pas avoir d’objectifs achats liés au développement durable ou à la RSE. En 2025, ce n’était le cas que pour 22 % du panel.
Même la mesure de l’empreinte carbone des fournisseurs qui progressait régulièrement depuis 2022 (23 % en 2022 ; 33 % en 2023 ; 41 % en 2024 ; 47 % en 2025) marque finalement le pas. Cette année, seul 42 % des répondants déclarent mesurer les fournisseurs sur ce point. De même, si 79 % des acheteurs interrogées déclaraient que leur direction s’était engagée dans la réduction de leur empreinte carbone en 2025, ce n’est le cas que pour 77 % cette année.
Freinée à ce stade, la progression des achats responsable laisse des directions achats entre deux eaux, très engagées pour certaines mais avec tout de même d’importantes lacunes. Ainsi, 53 % des directions achats interrogées déclarent ne pas avoir connaissance de la démarche de double matérialité. Pourtant 21 % des répondants déclarent que leur service achats a déjà obtenu le label RFAR (Relation fournisseurs et achats responsables) et 17 % être en cours de labellisation.
Démondialisation : les directions achats s’efforcent de s’adapter
Dans un contexte de guerre commerciale débridée post élection de Donald Trump, les acheteurs français semblent garder leur sang-froid. La proportion des directions achats touchées par l’augmentation des droits de douanes américains n’est pas négligeable (28 %) mais finalement minoritaire.
A l’autre bout du spectre géopolitique, l’omniprésence de l’industrie chinoise dans les panels fournisseurs effraie beaucoup moins qu’au lendemain du Covid. Les acheteurs expliquant vouloir réduire leur dépendance à la Chine ne sont que 17 % cette année, contre 43 % en 2025 et 51 % en 2024. Il est vrai que, comme le souligne Olivier la Chine au regard d’une économie américaine en pleine révolution, celle de la Chine pourrait presque passer pour une valeur refuge. « A l’inverse de la plaque chinoise, la plaque Etats-Unis est hyper instable », souligne le directeur associé d’AgileBuyer.
De fait, les bonnes volontés d’après crise se sont essoufflées. Cette année, seule 13 % des entreprises demandent à leurs fournisseurs de relocaliser. En 2022, au lendemain de la crise Covid et des ruptures d’approvisionnement qui avaient suivi, pas moins de 47 % des répondants annonçaient des relocalisations.
Risques : les défaillances fournisseurs ne cessent de croître
Contrairement aux risques géopolitiques passées au second plan, le risque très immédiat de défaillance fournisseur prend une place croissante dans la liste des sources d’insomnies des acheteurs. C’est le risque numéro un, cité par 61 % des personnes interrogées, devant le risque de rupture de chaine d’approvisionnement (47 %) et le risque cyber (37 %). A ce titre, il est intéressant de souligner que le sondage Tendances Achats 2026 a été mené en novembre dernier, avant l’édition des bilans 2025 des défaillances fournisseurs (Cf. 68 500 défaillances : l’économie française face à un choc durable - Républik Achats).
Satisfaction : des acheteurs toujours heureux dans la tourmente
Et pourtant… Ce portrait en creux de l’activité des acheteurs qui met l’accent sur les tensions qu’ils ont à résoudre, pourrait laisser croire qu’ils accumulent ses tensions pour leur plus grand malheur. Il n’en est rien. Lorsqu’on leur demande de notre de 1 à 5 la dose de stress que leur génère l’accumulation des crises, ils ne sont que 16 % à se situer à 4 et 4 % à 5.
A croire que les acheteurs s’épanouissent dans les crises. Tout comme l’an dernier, ils sont 85 % à se déclarer heureux dans leur travail. Et il semblerait que ça soit partie pour durer. « Dans notre panel, 85 % des personnes interrogées étaient déjà aux Achats il y a cinq ans et, quand on leur demande « où vous voyez-vous dans cinq ans ? », 85 % d’entre eux répondent « aux Achats ». C’est une fonction dans lesquels les gens sont bien et ils y restent », se réjouit Olivier Wajnsztok.