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Palais des Thés : « Notre principal enjeu est la sécurisation de nos approvisionnements »


Céline Colin est la directrice supply de Palais des Thés, son périmètre incluant les achats. Elle achète chaque année 900 tonnes de thés, dans plus de 20 pays à travers le monde. Dans un contexte de dérèglement climatique et de tensions géopolitiques, son principal enjeu concerne la sécurisation de ses approvisionnements.

Palais des Thés : « Notre principal enjeu est la sécurisation de nos approvisionnements »
Palais des Thés : « Notre principal enjeu est la sécurisation de nos approvisionnements »

Palais des Thés a été créé il y a quarante ans. L’entreprise connait une forte accélération ces dernières années.

Palais des Thés est spécialisé dans le sourcing de thés à travers le monde, notamment les grands crus. L’entreprise a effectivement beaucoup grandi ces dernières années : l’entreprise faisait 45 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020, 85 millions l’année dernière avec 500 salariés et nous visons les 100 millions d’euros cette année. Nous vendons nos thés en ligne et via un réseau de 130 boutiques dont la moitié sont des magasins en propre et l’autre moitié sont sous franchise.

Les achats sont donc particulièrement stratégiques pour Palais des Thés. Comment est structurée la direction Achats ?

Les Achats font partie intégrante du périmètre de la supply chain. Je couvre l’ensemble de la chaîne, de l’amont à l’aval. Et cela commence donc par les achats et le sourcing. Mes acheteurs gèrent la majorité des volumes (les thés d’origine achetés directement aux plantations et les assemblages de thés parfumés), à l’exception des grands crus, qui sont sourcés, eux, par nos deux chercheurs de thé (dont notre fondateur qui y consacre la quasi-totalité de son temps). Ces chercheurs de thé sélectionnent des plantations ou des parcelles spécifiques à travers le monde et dégustent des lots très particuliers.

Les achats sont donc étroitement liés aux autres fonctions de la supply chain ?

Oui, en particulier avec la Qualité qui fait également partie de mon périmètre. Nous avons des enjeux majeurs autour de la qualité organoleptique et de la sécurité sanitaire. Il y a donc forcément un lien très fort entre les achats et la qualité. Les Achats négocient les contrats et, ensuite, les équipes approvisionnement prennent le relais. Cette intégration permet de faire des arbitrages cohérents entre disponibilité et coûts, toujours dans une logique globale.

Quelques chiffres ?

La direction Supply compte environ 80 personnes. Cela inclut l’entrepôt, qui représente à lui seul une cinquantaine de collaborateurs. Le reste des équipes, soit une trentaine de personnes, est basé au siège sur des fonctions support : le transport, la prévision des ventes, l’approvisionnement, le conditionnement et la production. Sur la partie Achats, l’équipe gère le sourcing et la contractualisation des thés (900 tonnes par an achetées dans une vingtaine de pays : Chine, Japon, Népal, Inde, Sri Lanka etc), les packagings, les prestations de conditionnement, les accessoires, ainsi que l’ensemble des achats directs rattachés à cette fonction. Le périmètre est donc relativement large.

Le premier enjeu concerne la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement, tant sur la disponibilité de la matière que sur son transport, dans un contexte mondial très mouvant

Quels sont aujourd’hui vos principaux enjeux sur la fonction achats ?

Le premier enjeu concerne la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement, tant sur la disponibilité de la matière que sur son transport, dans un contexte mondial très mouvant. Cela implique un travail étroit avec nos équipes transport. Le deuxième enjeu concerne la promesse qualité faite à nos clients.

Palais des Thés a d’ailleurs mis en place un label interne sur ce sujet…

Oui. Il y a plusieurs années, avant même notre transition vers le bio, un label interne appelé « Safetea » a été créé. L’objectif était de garantir à nos clients que les thés étaient exempts de pesticides, au-delà des exigences réglementaires. Concrètement, 100 % des thés conventionnels entrant chez nous sont testés sur l’ensemble des pesticides interdits par la réglementation européenne. Depuis 2019, 100 % de nos thés conventionnels sont étiquetés SafeTea.

Et pour les thés bio ?

Les thés bio suivent la réglementation liée à la certification, nous sommes certifiés par Ecocert. Ils sont contrôlés, via notre plan de contrôle aléatoire, afin de respecter l’esprit même de la certification bio qui impose des règles strictes au niveau du producteur directement.

Chaque lot est contrôlé unitairement, pas uniquement lors du démarrage d’une relation avec un nouveau fournisseur

Comment se déroulent tous ces contrôles ?

Les tests peuvent être réalisés soit à l’origine, avant expédition, soit à réception dans nos entrepôts, via un laboratoire externe. Chaque lot est contrôlé unitairement, pas uniquement lors du démarrage d’une relation avec un nouveau fournisseur.

Constatez-vous encore des non-conformités ?

De moins en moins. Grâce aux protocoles mis en place et à la relation de proximité avec nos fournisseurs, aujourd’hui, nous atteignons plus que 96 % de conformité.

Dans ces conditions, pourquoi maintenir ces tests exhaustifs, avec le cout associé ?

Parce que c’est un engagement fort de l’entreprise. Et puis, les pratiques évoluent, de nouvelles molécules peuvent apparaître, nous devons rester extrêmement vigilants. Cette surveillance permanente est indispensable. En revanche, nous voulons maintenant avancer vers une approche plus collaborative avec nos fournisseurs. Nous continuerons à tester les thés en interne, mais pour ce qui concerne les packagings et accessoires, l’objectif est d’intégrer davantage les contrôles déjà réalisés par nos fournisseurs, afin de gagner en efficacité sans multiplier les contrôles inutiles.

Le changement climatique a un impact fort sur notre entreprise car il entraîne une baisse régulière des rendements

Vous parliez de l’enjeu de la sécurisation de vos approvisionnements. Avec des achats dans autant de pays du monde, la sécurisation passe aussi par la gestion des risques climatiques et géopolitiques. Comment y faites-vous face ?

C’est tout à fait exact. Le changement climatique a un impact fort sur notre entreprise car il entraîne une baisse régulière des rendements. Nous le constatons d’année en année. Pour y faire face, nous misons sur des relations de long terme avec nos fournisseurs, parfois depuis 10 ou 20 ans. Cette fidélité nous permet d’être priorisés lorsque les volumes se raréfient. Par ailleurs, notre feuille de route à cinq ans prévoit un accompagnement accru de nos producteurs vers des pratiques agricoles plus résilientes.

Concrètement, comment cet accompagnement pourrait-il se traduire ?

Nous explorons plusieurs pistes, mais elles ne sont pas encore finalisées. Ce que l’on peut dire c’est que l’objectif global est de remonter davantage dans la chaîne de valeur et de développer en interne des compétences sur les pratiques agricoles afin d’être en capacité d’épauler efficacement nos fournisseurs, tout en respectant l’équilibre entre accompagnement et non-ingérence.

Avez-vous un exemple récent de tensions fortes sur un de vos approvisionnements ?

Oui, le matcha est un très bon exemple de la problématique que je viens d’évoquer. Les récoltes ont été retardées en 2025 par un printemps froid, entraînant une baisse de rendement d’environ 30 %. En parallèle, la demande mondiale explose ces dernières années. La tension sur l’ensemble des thés japonais est extrême : Les prix ont plus que doublé. Dans ce contexte, il nous a fallu sécuriser les volumes tout en étant capables d’absorber des hausses de prix importantes pour continuer à proposer un produit de qualité à un prix accessible.

Travaillez-vous également sur les enjeux sociaux et éthiques ?

Oui, c’est le troisième grand pilier de notre feuille de route, avec la sécurisation des approvisionnements et la qualité. Depuis trois ans, nous avons ainsi structuré une direction RSE intégrée à la supply chain. Nous avons renforcé la traçabilité, les audits fournisseurs, la lutte contre le travail des enfants et la question de la juste rémunération des producteurs. Tous nos fournisseurs ont signé une charte éthique.

Avez-vous fait évoluer vos outils pour accompagner ces enjeux ?

Nous n’avons pas déployé de nouveaux outils internes, mais nous nous appuyons sur des partenaires externes reconnus. Nous travaillons notamment avec EcoVadis : après avoir été évalués pendant plusieurs années, nous auditons désormais nos fournisseurs. Nous utilisons également des dispositifs adaptés à la taille des fournisseurs, afin de les accompagner progressivement dans ces démarches.