GCS GRAM : « Au niveau régional, nous avons plus de leviers d’action avec les établissements »
Raoul Derisbourg, coordonnateur régional GCS GRAM, groupement hospitalier d’achats des Hauts de France et Patrick Deniel directeur du centre hospitalier de Beauvais et administrateur du GCS GRAM décrivent le positionnement de ce groupement d’achats régionale, entre les Groupements hospitaliers de territoire et les centrales d’achats nationales. Ce Groupement de coopération sanitaire travaille notamment sur l’amélioration des pratiques de consommation pour optimiser la performance achats.
Quel est le périmètre du Groupement coopératif sanitaire GRAM ?
Raoul Derisbourg : Notre principale famille d’achats est l’alimentaire. Sur les 123 établissements adhérents au GCS, 87 participent au marché alimentaire, un marché de 35 millions d’euros sur les 50 millions d’euros d’achats du GCS GRAM. Dans les Hauts-de-France, les achats de médicaments et de dispositifs médicaux stériles sont pris en charge par le GCS Pharma.
Pour chaque marché que nous lançons, nous proposons aux établissements de participer à la définition du besoin et à la construction de la stratégie. Entre 10 et 15 établissements participent en moyenne à ces groupes de travail. Nous nous appuyons systématiquement sur les établissements pour la partie expertise technique.
À chaque fois que nous lançons un nouveau marché, nous commençons toujours par appliquer un filtre essentiel : est-il pertinent de porter ce dossier à l’échelle régionale ? Certains marchés méritent d’être portés soit par les centrales d’achats nationales, soit à l’échelle des groupements hospitaliers de territoire. Nous commençons à avoir une vision assez claire des sujets qui sont de nature nationale, régionale ou locale. Tous les groupements régionaux traitent à peu près les mêmes sujets : alimentaire, déchets (DASRI), intérim médical, textile.
Nous avons un rôle à jouer en tant que maillon complémentaire entre les 15 GHT (groupements hospitaliers de territoire) de la région et les centrales nationales
Justement, comment se définit la place exacte du GCS par rapport au GHT ou aux centrales d’achats nationales ?
Patrick Deniel : Nous cherchons à intensifier les segments portés par le GRAM. Même s’il est difficile de régler les mêmes enjeux du nord au sud de notre grande région Hauts-de-France, nous avons un rôle à jouer en tant que maillon complémentaire entre les 15 GHT (groupements hospitaliers de territoire) de la région et les centrales nationales.
Les GHT de la région sont très hétérogènes. Celui de la métropole lilloise, avec le CHU de Lille en son centre et les établissements d’autres très grandes villes comme Roubaix ou Tourcoing, est par exemple difficilement comparable avec le GHT de l’Oise de taille nettement plus réduites.
D’où la volonté de l’Agence régionale de santé de faire en sorte, grâce aux GCS, que les plus petits établissements de la région ne soient pas en difficulté sur des sujets qui requièrent une analyse spécifique. À charge pour nous de trouver le bon équilibre avec les GHT afin d’apporter les réponses les plus performantes en termes de prix de consultation et jusqu’à la performance dans l’usage de nos différents marchés.
Dans notre région, certains établissements, notamment dans la filière psychiatrie, sont même en dehors des GHT. Le GCS permet de les rattacher à une entité d’achats.
Pourquoi une telle hétérogénéité entre les différents GHT des Hauts-de-France ?
Patrick Deniel : Les GHT avaient deux finalités. Ils pouvaient être conçus comme porteurs de filières de soins. C’est l’option prise par l’ARS Hauts-de-France, en considérant, à l’exemple de l’Oise, que les habitants du bassin de Creil n’allaient pas se soigner à Compiègne ou Beauvais et qu’il n’y avait pas d’intérêt, au titre des projets médicaux et soignants, à raisonner au niveau du département.
D’autres régions (PACA en particulier) ont préféré développer un GHT par département, en raisonnant davantage sur une approche d’optimisation du fonctionnement, qu’il s’agisse des achats ou encore de la convergence des systèmes d’information.
Quels sujets ciblez-vous pour vous développer ?
Raoul Derisbourg : Il nous reste encore à faire adhérer quelques établissements et nous pouvons traiter de nouveaux marchés, mais nous développons surtout de nouvelles approches, notamment la RSE. Cela nous permet d’avoir une nouvelle approche de la gestion des déchets, avec une logique de valorisation combinée à de l’insertion sociale. L’intérêt du groupement sur ce sujet est d’apporter à des hôpitaux centrés sur le local un lien avec des acteurs de l’insertion et des collectivités à l’échelle régionale.
Nous travaillons aussi sur la réinternalisation des productions sur le territoire. Nous avons lancé un grand marché sur les gants et les masques pour lequel nous nous sommes interrogés sur la pertinence des achats souverains afin de sécuriser les approvisionnements. Pour alimenter notre réflexion, nous avons réalisé une étude de marché et beaucoup travaillé avec les fournisseurs en amont de l’appel d’offres.
Au niveau régional, nous avons plus de leviers d’action avec les établissements et avec les fournisseurs pour faire bouger les lignes
Je pense, d’une manière générale, qu’au niveau régional, nous avons plus de leviers d’action avec les établissements et avec les fournisseurs pour faire bouger les lignes. De par leur poids, les centrales nationales ont une forte capacité à faire évoluer les fournisseurs, mais nous pouvons, quant à nous, travailler avec les établissements sur leurs pratiques, notamment dans l’utilisation du marché. Notre proximité avec les établissements nous permet de travailler sur la recherche de performance en cours de marché, en lien avec le fournisseur : le bon usage des produits et des clauses de marché.
C’est dans ce sens que vous venez de passer un accord avec le Resah ?
Patrick Deniel : Sur certaines thématiques, nous avons parfois recours à des offres travaillées à l’échelon national, notamment par le Resah, et nous voulons être en capacité de les décliner à l’échelle de la région avec un relais efficace et structuré.
En vertu de ce partenariat, nous nous appuyons sur les prestations déjà travaillées par le Resah en les réadaptant régionalement, grâce à un travail sur la donnée et sur l’usage de l’offre.
Nous avons proposé d’accompagner les établissements sur le pilotage de la data et le bon usage des produits
Sur quel sujet allez-vous plus spécifiquement mener ce travail ?
Raoul Derisbourg : Sur un sujet très mature comme celui de l’incontinence, sur lequel nous nous appuyons sur le marché du Resah, nous avons proposé d’accompagner les établissements sur le pilotage de la data et le bon usage des produits.
Nous croisons les données des établissements et celles des fournisseurs pour vérifier que les conditions tarifaires et logistiques sont bien exploitées. Nous pourrons ensuite benchmarker les pratiques de consommation de nos établissements en les comparant aux données de pôles d’activité similaires détenues par les fournisseurs.
Quelles actions menez-vous pour fédérer les établissements autour de votre démarche ?
Patrick Deniel : Il nous revient de susciter leur intérêt pour nos travaux régionaux. Nous devons à la fois communiquer vers des structures peu habituées à traiter ces sujets parce qu’elles n’ont pas d’acheteurs, mais aussi intégrer les plus grands établissements et prendre en compte leurs volumes et leurs expertises.
Raoul Derisbourg : Nous essayons de porter avec l’ARS une action de professionnalisation par la compétence au niveau des établissements. En ce qui me concerne, j’ai à cœur de faire en sorte que les acheteurs se connaissent, de générer de la professionnalisation par le partage et que chacun d’entre eux sache qui appeler s’ils ont un besoin. Nous organisons pour cela des rencontres informelles en associant les acheteurs sur des sujets précis, entre acheteurs ou avec des experts techniques.