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Les achats de prestations intellectuelles s’imprègnent des enjeux RSE

Par Mehdi Arhab | le | Prestations intellectuelles

La nouvelle édition du Benchmark de Brapi s’attache à brosser la façon dont la RSE est déclinée aux achats de prestations intellectuelles. Elle restitue également, comme à l’accoutumée, l’évolution des TJM des profils informatiques et digitaux d’après la nomenclature du CIGREF. En voici les principales tendances.  

François Tourrette, fondateur et directeur des opérations de Brapi -
François Tourrette, fondateur et directeur des opérations de Brapi -

Ce travail de Brapi (Benchmark des responsables achats de prestations intellectuelles) s’appuie sur une série d’entretiens menés auprès d’un peu plus de 70 services achats de prestations intellectuelles de grandes entreprises et entreprises de taille intermédiaire. À l’image de son précédent benchmark, Brapi présente un répertoire des sociétés d’intermédiation, complété par des fiches de présentation détaillées. Sur plus de 80 structures identifiées, elles sont cette année 59, dont une dizaine d’Esat et EA (parmi lesquelles Innov and Co ou encore Arcesi-EA), à avoir répondu aux différentes questions de François Tourrette, soit deux de plus que l’année dernière. 

Une majorité d’entre elles ne sont que des plateformes de référencement et les typologies de profils de prestataires diffèrent. Certaines plateformes cartographiées ne mettent en avant que des indépendants, tandis que d’autres proposent également des TPE, PME et ETI. Si Malt propose tous types de profils ; d’autres, comme Comet et Le Hibou, ne mettent à disposition seulement que des profils hautement qualifiés de la tech. D’autres proposent par ailleurs des outils pour gérer et piloter les prestations. 

20 % de critères RSE dans le cahier des charges des grands donneurs d’ordres 

L’observation dressée par le benchmark des responsables achats de prestations intellectuelles est simple : les services achats des grands groupes, dépensant généralement quelques centaines de millions d’euros en prestations intellectuelles, sont de plus en plus portés par l’envie d’intégrer des critères RSE dans leur cahier des charges. « Alors que cela ne représentait qu’un effet de mode il y a trois ou quatre ans, de grands groupes imposent depuis maintenant un peu plus d’un an des critères RSE dans leur cahier des charges, pouvant aller jusqu’à 20 % de la note de sélection de leur prestataire », affirme François Tourrette, fondateur et directeur des opérations de Brapi, qui mentionne notamment la SNCF, Pôle Emploi ou encore le Crédit Agricole. 

Néanmoins, les Achats éprouvent quelques difficultés pour les caractériser. Le benchmark Brapi offre en ce sens quelques pistes. « Il n’est pas toujours évident d’intégrer des critères RSE dans des appels d’offres de ce type. Pour y parvenir, les entreprises se basent notamment sur différents labels, mais généralement elles préfèrent définir leurs propres critères », analyse par la suite François Tourette. La direction achats de Covéa, qui s’est fixée des objectifs élevés en matière d’achats auprès des entreprises du secteur adapté, étudie par exemple de son côté la possibilité de recourir davantage à des ESN du STPA.

Les TJM informatiques en hausse 

Parmi les différents acteurs qui composent le marché des prestations intellectuelles, les grandes entreprises de services du numérique (ESN) subissent encore les complications de la crise, aussi bien sur leur chiffre d’affaires que sur leur marge opérationnelle. « En 2020, quelques grandes ESN avaient déjà vu leur marge opérationnelle se réduire de 2 % en moyenne », rappelle François Tourrette. De plus, le marché des prestations intellectuelles demeure en pénurie et donc haussier. Pour autant, les projets se multipliant, le recours à des prestations externes a de beaux jours devant lui.

Les projets pullulent, cependant, les donneurs d’ordres endurent de grandes difficultés au moment de recruter les bons sachants et les bons experts. Les ressources manquent

« Les projets pullulent, cependant, les donneurs d’ordres endurent de grandes difficultés au moment de recruter les bons sachants et les bons experts. Ceci quelles que soient les compétences et profils recherchés. Mais cela ne touche pas que la France, c’est un problème européen ; les ressources manquent », remarque François Tourrette. Les experts en cybersécurité, cloud et autres développeurs sont les profils les plus demandés. Par conséquent, leurs TJM explosent de plus de 10 %, contre 2 à 3 % pour d’autres profils. « Lorsqu’il y a pénurie, de fait les TJM augmentent significativement », confirme le fondateur de Brapi. 

Les plateformes d’intermédiation ont le vent en poupe  

Dès lors, les services achats n’ont plus d’autre choix que de se procurer les compétences là où elles sont. « Les acheteurs sont par moments dans l’obligation d’accepter des prix plus élevés sur les profils rares. Ce qui est rare est cher », appuie François Tourrette. Et une partie de cet enthousiasme pour les freelances aux profils chevronnés ricoche sur les plateformes d’intermédiation. « Les bons profils et les bonnes compétences ne sont plus la propriété exclusive des ESN ou des cabinets de conseil, soutient François Tourette. Les demandes sont de plus en plus nombreuses et depuis la crise et les plateformes d’intermédiation voient leur activité s’amplifier ».

Les plateformes feront assurément partie du paysage des prestataires de services dans les années à venir. Mais leur croissance reste à relativiser

Cette recrudescence se traduit par une progression significative de leur chiffre d’affaires, atteignant un peu plus d’un milliard d’euros en 2021, contre 680 millions d’euros en 2020. Un essor prometteur et encourageant, mais qui reste toutefois à tempérer compte tenu du volume que représente le marché des prestations intellectuelles - à savoir près de 60 milliards d’euros. « Si certains ont encore quelques craintes à l’idée de se défaire du statut de salarié au sein des ESN, il est évident que de plus en plus d’experts se tournent vers le statut d’indépendants. La mouvance est marquée et cela peut se pérenniser dans le temps. Les plateformes feront assurément partie du paysage des prestataires de services dans les années à venir. Mais leur croissance reste à relativiser », conclut François Tourrette.

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