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Air France : “Les achats sont le chef d’orchestre de la décarbonation”

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À l’occasion des HA Days - Achats Marketing & Communication, les 28 et 29 mai prochains à Chantilly, Sami Smaoui, en charge des achats responsables chez Air France, interviendra en qualité de grand témoin. Il partagera sa vision d’une fonction achats devenue un levier stratégique majeur dans la trajectoire de décarbonation du groupe.

Sami Smaoui, Directeur des achats indirects chez Air France, sera présent lors des HA Days 2026 - © D.R.
Sami Smaoui, Directeur des achats indirects chez Air France, sera présent lors des HA Days 2026 - © D.R.

Les achats responsables sont-ils encore perçus comme une contrainte chez Air France ?

Nous avons clairement dépassé le stade de la contrainte. Les achats responsables sont aujourd’hui une opportunité stratégique et un levier de transformation pour l’entreprise. Dans un secteur aussi exposé aux enjeux environnementaux que le transport aérien, c’est une nécessité pour notre pérennité. Cette exigence nous pousse à revoir nos spécifications, à optimiser notre sourcing et à rechercher activement des solutions plus durables, en collaboration étroite avec nos fournisseurs. Un exemple concret illustre cette logique : la pré-sélection des repas en cabine Business. En permettant aux clients de choisir leur plat 24h avant le vol, nous améliorons leur expérience tout en réduisant le gaspillage alimentaire. En 2024, cela a permis d’éviter plus de 52 000 repas embarqués, soit environ 11 tonnes de déchets alimentaires. C’est la démonstration qu’un enjeu environnemental peut aussi créer de la valeur opérationnelle et client.

Le cœur de notre stratégie climat est de réduire au maximum et au plus vite nos émissions de CO₂, en priorité celles directement générées par nos opérations.

Quels sont aujourd’hui les enjeux RSE prioritaires pour Air France ?

La décarbonation est au cœur de notre stratégie “AF ACT”. Le cœur de notre stratégie climat est de réduire au maximum et au plus vite nos émissions de CO₂, en priorité celles directement générées par nos opérations. Nous agissons sur plusieurs leviers : la modernisation de notre flotte - avec 70 % d’avions de nouvelle génération d’ici 2030, consommant 20 à 25 % de carburant en moins -, le développement des carburants d’aviation durables (SAF) via des contrats achats long terme, mais aussi l’efficacité opérationnelle, l’intermodalité train-avion (NB : la réduction des déchets ne fait pas partie des piliers de décarbonation). La décarbonation de notre Scope 3, qui représente une part significative de notre empreinte carbone (hors carburant), est indissociable de l’engagement de nos fournisseurs.

Depuis 2024, nous avons renforcé notre processus de due diligence tiers avec un screening approfondi incluant médias défavorables et listes de sanctions.

Comment intégrez-vous concrètement les exigences RSE dans la relation fournisseurs ?

L’intégration des exigences RSE repose sur une approche structurée. Nous utilisons des plateformes reconnues pour évaluer la performance RSE de nos fournisseurs, notamment ceux considérés comme critiques ou à risque. Un score insuffisant déclenche un plan d’actions correctives et un suivi rigoureux. Depuis 2024, nous avons renforcé notre processus de due diligence tiers avec un screening approfondi incluant médias défavorables et listes de sanctions. Nous encourageons également nos partenaires stratégiques à s’engager dans des trajectoires compatibles avec la science climatique via le SBTi. En cas de non-conformité persistante, un processus d’escalade peut aller jusqu’à la recherche d’un fournisseur alternatif. L’objectif est double : réduire les risques et accompagner nos partenaires dans leur transition.

En quoi les achats jouent-ils un rôle central dans la stratégie RSE d’Air France ?

Les achats sont véritablement le chef d’orchestre de la mise en œuvre des politiques RSE auprès de nos fournisseurs. Nous intégrons les critères environnementaux et sociaux dès l’expression du besoin, sélectionnons des partenaires engagés et travaillons avec eux dans une logique d’amélioration continue. L’exemple de la méthanisation des déchets issus des coffrets repas Business illustre cette dynamique de co-développement. Nous jouons également un rôle clé dans la sécurisation des approvisionnements en SAF, via des engagements contractuels de long terme. Chaque décision d’achat doit contribuer concrètement à la transition environnementale d’Air France.

Les achats ont un rôle central pour collecter les données, les analyser et travailler en partenariat étroit avec les fournisseurs afin de réduire ces émissions.

Quels sujets devront absolument être abordés lors des HA Days à Chantilly ?

Trois sujets me semblent incontournables. D’abord, l’évaluation et le pilotage de la performance RSE des fournisseurs : comment mesurer les engagements, les comparer dans le temps et transformer ces données en plans d’actions concrets. Ensuite, l’intégration du Scope 3 dans la stratégie de décarbonation. Les achats ont un rôle central pour collecter les données, les analyser et travailler en partenariat étroit avec les fournisseurs afin de réduire ces émissions. Enfin, l’innovation et la collaboration. Les achats doivent être un moteur de solutions durables, via des partenariats stratégiques et des démarches collectives comme SAF Connect.»