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Ipsen : « Le scope 3 représente environ 90 % de nos émissions »


Fadwa El Alami, VP Procurement R&D et Médical d’Ipsen, a créé la mission achats responsables du groupe et embarque ses fournisseurs dans une ambitieuse stratégie de décarbonation. Elle sera grand témoin sur l’atelier-débat « #CO2 : comment embarquer votre scope 3 dans votre stratégie de décarbonation ? » lors des HA Days Achats responsables des 10 et 11 mars 2026 à Deauville.

Fadwa El Alami. - © D.R.
Fadwa El Alami. - © D.R.

Quel est le poids du scope 3 dans l’empreinte carbone d’Ipsen ?

Le scope 3 représente environ 90 % de nos émissions et le scope 3.1, c’est-à-dire les biens et services achetés auprès des fournisseurs, 60 % du scope 3. Le montant des achats d’Ipsen s’élève à environ 1 milliard d’euros en 2025 et nous travaillons avec près de 8 000 fournisseurs. Un petit nombre de fournisseurs est considéré comme stratégique au regard de critères risque, de réputation et de leur impact sur nos émissions de CO2.

Quelle trajectoire de réduction de l’empreinte carbone avez-vous définie ?

Notre engagement SBTI validé en 2025 définit pour 2030 une réduction de notre scope 1 et 2 de 57 % et de 28 % pour notre scope 3 par rapport à la baseline (2019). La base sur laquelle ont été calculés ces engagements a beaucoup évolué, avec la vente de la division santé familiale en 2022 et l’acquisition de plusieurs assets pharmaceutiques. Nous avons donc dû réviser notre base de calcul en 2025.

Le plus difficile étant de construire les actions permettant de réduire effectivement nos émissions et d’en suivre les résultats dans un contexte de croissance car le niveau d’émission augmente fatalement du fait de cette croissance. Le challenge est donc de sortir d’un reporting fondé sur la dépense pour passer à un calcul sur la donnée primaire, c’est-à-dire les émissions directes des fournisseurs quand ils travaillent pour nous. Cela permet ensuite de cibler les fournisseurs les plus émetteurs et d’établir ensemble des plans de réduction de ces émissions.

Vos fournisseurs stratégiques sont-ils aussi les fournisseurs les plus émissifs ?

Les deux notions se recoupent en effet, nos top émetteurs étant relatifs à la réalisation des essais cliniques et à notre supply chain.

Quelles sont les grandes lignes de votre plan d’action et vos leviers pour atteindre la cible de votre plan de décarbonation ?

Nous agissons sur tout le scope 3 - le voyage, nos propres outils de production pour les rendre plus efficients en termes de consommation d’énergie, etc. - mais plus spécifiquement sur le scope 3.1 - nos sous-traitants et fournisseurs - nous recherchons avec eux des innovations en matière de packaging, de transport, de décarbonation de leurs sites de production, de déplacements raisonnés… Ces discussions font maintenant partie intégrante des business revues avec les fournisseurs stratégiques.

Nous commençons maintenant à travailler des sujets de fond comme celui de la circularité de nos packagings

Nous commençons maintenant à travailler des sujets de fond comme celui de la circularité de nos packagings. C’est un sujet de longue haleine dans le secteur pharmaceutique, dans la mesure où nous sommes une industrie très régulée, tout changement de packaging, implique une approbation par les autorités de santé. C’est un process qui peut s’avérer extrêmement long. Nous devons donc nous assurer que chaque démarche est anticipée et qu’elle apportera un réel bénéfice.

Les actions de décarbonation impliquent le plus souvent des investissements

Quelle proportion de ces leviers vous apporte des économies financières et quelle proportion nécessitera des investissements ?

Certaines actions pourront se faire à moindre coût, par exemple en réduisant les déplacements ou encore en révisant les routes de production et de distribution. Mais les actions de décarbonation impliquent le plus souvent des investissements dans des outils de production, ou encore de nouveaux véhicules décarbonés. Les entreprises les plus avancées sur ces sujets dédient un budget à ces projets de décarbonation communs avec leurs fournisseurs ou ont développé un prix du carbone interne pour pouvoir mesurer l’impact de ces investissements.

Depuis cette année, la réduction de l’empreinte carbone de nos fournisseurs fait l’objet d’une attention particulière du top management

Quels efforts demandent cette démarche en termes de conduite du changement en interne ?

Le plus grand défi consiste à faire en sorte que les collaborateurs de l’entreprise s’approprient le sujet, au-delà de la RSE et des Achats. Depuis cette année, la réduction de l’empreinte carbone de nos fournisseurs fait l’objet d’une attention particulière du top management. Les achats ont également inscrit l’ambition de travailler avec les fournisseurs les plus émetteurs pour proposer des plans d’action conjointes. L’implication de chacun est d’autant plus forte que le terme de notre trajectoire de décarbonation approche.

Irez-vous jusqu’à déréférencer les fournisseurs qui ne s’aligneront pas sur votre trajectoire ?

Il existe tout une gradation d’actions à mener avant d’en arriver là et nous croyons à la responsabilité conjointe que nous voyons d’ailleurs très concrètement dans les engagements avérés de nos fournisseurs.

Le programme complet des HA Days Achats responsables