Schneider Electric : « réduire les émissions opérationnelles de notre top 1 000 fournisseurs de 50 % »
Christophe Quiquempoix, VP Global Sustainable Procurement du groupe Schneider Electric a réussi et même dépassé le pari du groupe de réduire de 50 % l’empreinte carbone de ses 1 000 principaux fournisseurs à fin 2025. Il explique comment et quelle sera la suite. Il sera grand témoin de l’atelier-débat « #CO2 : comment embarquer votre scope 3 dans votre stratégie de décarbonation », lors des HA Days Achats responsables des 10 et 11 mars à Deauville.
Schneider Electric a franchi une première étape dans la décarbonation de sa supply chain. Quel était l’objectif de cette première phase et comment a-t-il été fixé ?
En 2020, nous avons ressenti la nécessité de commencer à embarquer nos fournisseurs dans une stratégie de décarbonation. Les émissions de notre scope un et deux, c’est-à-dire de nos 160 usines, 80 centres de distribution, environ 1 000 immeubles tertiaires et de notre flotte corporate, sont 40 fois plus faibles que les émissions générées par nos fournisseurs, notre scope 3.1, lié à nos achats de biens et services. Pour décarboner sérieusement notre supply chain, il était indispensable d’embarquer nos fournisseurs. Nous avons donc décidé de lancer ce programme assez massivement. Nous avons réuni les Exécutives de nos top 1 000 fournisseurs en termes d’émission avec le notre CEO, notre CPO, notre CSCO et notre CSO pour leur expliquer que nous allions les accompagner dans cette trajectoire de décarbonation. Notre engagement était de réduire les émissions opérationnelles de notre top 1 000 fournisseurs de 50 % pour fin 2025.
Plus de 70 % d’entre eux étaient nouveaux dans la décarbonation et ne savaient pas calculer une empreinte carbone
Cet objectif a-t-il été pris en valeur absolu ?
Nous avons visé une réduction en intensité. Nous avons commencé par évaluer leur maturité et nous avons constaté que plus de 70 % d’entre eux étaient nouveaux dans la décarbonation et ne savaient pas calculer une empreinte carbone. Il était donc important que la première marche d’entrée dans le programme soit abordable. Nous nous sommes focalisés sur leur scope 1 et 2. Nous ne voulions pas leur demander de lancer le même programme que nous lancions avec eux avec leurs propres fournisseurs en même temps. D’autant que la durée du programme était courte. Nous avons demandé aux fournisseurs leurs émissions au niveau global et non pas notre quote-part de leurs émissions. L’impact du programme va donc bien plus loin que notre seul scope 3.
Quel est le résultat de ces presque cinq années de travail ?
Tous les trimestres, à chaque communication de nos résultat financiers, nous avons reporté nos progrès sur cet objectif, de même que sur les dix autres programmes de développement durable du groupe. A la fin 2025, nous étions déjà à -56 %. Le scope 1 et 2 représente tout de même 25 % de leurs émissions en valeur absolue,
Comment les avez-vous aidés ?
Nous avons mis en place une infrastructure de support assez massive. Nous avons commencé par une série de formations basiques pour les débutants, puis des formations plus avancées pour permettre aux 30 % qui avaient déjà lancé un programme de décarbonation d’accélérer. Nous avons également introduit une série de webinaires pour partager les bonnes pratiques avec nos fournisseurs. Nous avons consacré des cessions de formation dédiées à certains sujets comme le calcul de l’empreinte carbone. Nous avons organisé plus 40 cessions en live, deux fois par semaine durant cinq mois.
Nous avons aussi lancé une initiative pour faciliter leur accès aux énergies renouvelables à travers des EAC (Contrat d’achats d’électricité) ou des PPA (Power Purchase Agreement), d’abord avec une série de neuf modules d’une heure de formation, puis du consulting et l’organisation de groupements pour présenter un volume de consommation attractif pour les investisseurs.
Nous avons aussi organisé des ateliers de travail en présentiel en Inde, en Chine, en Europe et en Amérique du Nord. A chaque fois deux journées consacrées uniquement à la décarbonation auxquelles nous invitions tous les fournisseurs de la région en leur proposant du consulting, des séances de travail dédiées à certains sujets, ainsi qu’une marketplace avec des sociétés qui proposent des solutions de décarbonation. Nous avons publié un document de 150 pages résumant tout ce que nous avions mis en place dans nos usines et centre de distribution. En 2024, nous avons commencé à introduire plus d’actions locales et même au niveau des usines.
Nous avons offert à plus de 400 PME l’accès à un software développé par Schneider Electric appelé Zeigo Activate
Nous avons donné accès à nos fournisseurs à toutes les suites digitales développée en interne (Zeigo Hub) qui leur permettent de calculer leur empreinte de carbone et nous avons offert à plus de 400 PME l’accès à un software développé par Schneider Electric appelé Zeigo Activate. Cette solution va du calcul de l’empreinte carbone, jusqu’à la recherche de solutions, en passant par la définition d’une cible.
Enfin, nous avons lancé une solution de Green Supply Chain Financing fondée sur un accord tripartite entre le fournisseur, Schneider Electric et une institution financière dont le taux était fondée sur la performance de la décarbonation des fournisseurs.
A fin 2025, 1 004 fournisseurs étaient engagés dans le programme
Schneider Electric a donc largement investi dans cette démarche…
A fin 2025, 1 004 fournisseurs étaient engagés dans le programme. Nous avons formé plus de 3 000 personnes à travers les différents modules de formation. Nous avons organisé plus de 180 webinaires, vingt ateliers de travail, plus de 250 visites sur site et plus de 5 000 visios.
Quelle va être la suite de ce programme ?
En résumé nous devons aller plus en profondeur et agir plus largement. De 1 000 fournisseurs, nous passons à une liste mise à jour de nos 1 500 plus gros émetteurs, dont 900 nouveaux. Nous allons maintenant couvrir les scopes 1 ; 2 et 3. Cela veut dire, pour nos fournisseurs d’achats de production, qui sont la majorité, être capables d’avoir leur Product Carbon Footprint (PCF). Pour leur permettre de le calculer, nous sommes en train de développer un nouvel outil avec une couche d’IA. Chaque jour, mes équipes dispensent deux à trois heures de formation, soit 56 heures pour le seul mois de février.
Nous demandons aux fournisseurs de services et solutions, de mesurer leur scope trois global et nous utiliserons ce chiffre en le pondérant par rapport au montant de nos achats. Notre but est de décarboner le plus rapidement possible. Nous favorisons la rapidité d’action par rapport à une hypothétique perfection de la mesure.
Les fournisseurs les plus actifs dans le programme ont été les fournisseurs asiatiques et principalement les fournisseurs indiens et chinois
Dans quelle mesure ce programme a-t-il modifié la nature ou l’empreinte géographique de vos achats ?
Ce programme a eu une influence sur la liste de nos fournisseurs les plus importants parce qu’il rentre dans la mesure de leur performance globale au même niveau que la qualité par exemple. Il n’a pas sensiblement modifié leur empreinte géographique, même si les fournisseurs les plus actifs dans le programme ont été les fournisseurs asiatiques et principalement les fournisseurs indiens et chinois beaucoup plus actifs sur leur trajectoire de décarbonation. Sur nos 1 000 fournisseurs concernés par le programme plus de 220 ont déclaré récemment un scope 2 100 % renouvelable.