Acheter stratégique sans cadre européen : nouveau défi des directions achats
Alors que Bruxelles reporte une nouvelle fois son plan “Made in Europe”, le flou demeure sur la place à accorder à la production locale dans les marchés publics. En France, la mobilisation autour du Fabriqué en France est déjà engagée, notamment via la commande publique. Les directions achats doivent donc avancer sans attendre, en conciliant compétitivité, impact économique et maîtrise des risques.
Les acheteurs publics n’ont pas le luxe d’attendre Bruxelles. Alors que le plan européen “Made in Europe” est une nouvelle fois reporté, les règles sur la place à donner à la production locale restent incertaines. Dans le même temps, en France, la dynamique autour du Fabriqué en France est déjà en marche. Les directions achats doivent donc prendre leurs décisions dans un contexte encore instable.
Le report du plan industriel porté par la Commission européenne montre que les États membres ne sont pas encore d’accord. Derrière le débat sur le “fait en Europe” ou le “fait avec l’Europe”, c’est la question de la préférence industrielle dans les marchés publics qui reste sensible. Pour autant, les règles actuelles continuent de s’appliquer.
Une mobilisation française structurée
Pas besoin de changer les lois ou de s’en prendre à l’Europe, il suffit d’avoir des acheteurs publics formés - (Arnaud Montebourg)
En France, la dynamique ne dépend pas d’une décision européenne. À l’initiative de la CPME — qui représente les petites et moyennes entreprises — l’Alliance du Fabriqué en France fait de la commande publique un levier pour soutenir la production nationale. L’objectif est clair : ne plus regarder uniquement le prix. Un marché public peut aussi prendre en compte l’impact économique local, le soutien aux filières et la solidité des chaînes d’approvisionnement. Ancien ministre du Redressement productif devenu entrepreneur, Arnaud Montebourg a, lors du lancement de l’Alliance, défendu une approche pragmatique. « Pas besoin de changer les lois ou de s’en prendre à l’Europe, il suffit d’avoir des acheteurs publics formés », a-t-il déclaré à cette occasion. L’enjeu est donc surtout organisationnel : mieux former les acheteurs et structurer les pratiques, sans attendre une évolution du cadre européen.
Les achats au cœur de la stratégie industrielle
Sans cadre européen stabilisé, les directions achats doivent avancer dans un environnement moins lisible. Elles doivent continuer à lancer leurs marchés et à engager leurs budgets, malgré cette incertitude. Les outils existent déjà dans les règles actuelles. Il s’agit surtout de les utiliser de façon cohérente, en tenant compte de l’ensemble des paramètres économiques et opérationnels.
Cette situation renforce aussi la responsabilité des acheteurs. Dans un contexte où les règles peuvent évoluer, chaque choix doit être clair et justifié. La crainte du contrôle peut freiner certaines décisions. D’où l’importance de procédures solides et d’équipes bien formées. Acheter stratégique, dans ce contexte, consiste à trouver un équilibre entre performance, sécurité et vision de long terme. L’Europe débat encore de ses règles. Les directions achats, elles, structurent déjà leurs décisions.